Budget : "La Commission ne deviendra pas la maîtresse d'école des Etats membres !"

18/05/10 à 10:42 - Mise à jour à 10:42

Source: Trends-Tendances

Les ministres des Finances de la zone euro se sont dits prêts, lundi soir, à discuter d'une initiative controversée qui les verrait soumettre à partir de 2011 leurs projets de budget respectifs à un examen européen avant qu'ils ne passent devant les parlements nationaux. Pas question, cependant, de transformer la Commission européenne en "maîtresse d'école des politiques budgétaires des Etats membres", a prévenu le président de l'Eurogroupe. Didier Reynders, notre ministre des Finances, s'est dit favorable à cette idée.

Budget : "La Commission ne deviendra pas la maîtresse d'école des Etats membres !"

© Bloomberg

Cette proposition, présentée la semaine dernière par la Commission européenne, est "vertueuse", a estimé Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, devant la presse à Bruxelles, à l'issue d'une réunion des grands argentiers : "Nous pensons tous que les propositions de la Commission vont dans la bonne direction", notamment celle concernant l'examen préalable des projets de budgets nationaux, en vue de renforcer la discipline budgétaire commune.

"Il n'est pas question de porter atteinte au pouvoir budgétaire" des parlements nationaux "mais nous voudrions que les ministres (des Finances de la zone euro) puissent discuter entre eux" au préalable des projets de budgets, a estimé Jean-Claude Juncker. "Il nous importe que les parlementaires nationaux (des pays de l'UE) puissent prendre leur décision en connaissance de cause", en sachant quelles seront les implications de leurs décisions sur les autres pays.

"La Commission ne deviendra pas la maîtresse d'école des politiques budgétaires des Etats membres, mais les Etats membres de la zone euro se soumettront à un examen controversé, contradictoire" des autres pays européens et de la Commission, a-t-il ajouté.

Cette proposition, qui vise à empêcher des dérives comme celles qu'a connues la Grèce - à l'origine de la crise de confiance qui ébranle aujourd'hui la zone euro - a suscité des critiques en Europe. De nombreux parlementaires nationaux se sont inquiétés d'une possible remise en cause de leur souveraineté nationale pour voter le budget de leur pays. Ce que réfute Bruxelles.

Malgré la baisse de son taux de change, "l'euro reste une monnaie crédible" selon Jean-Claude Juncker

Par ailleurs, l'Espagne et le Portugal, tous deux considérés comme des maillons faibles de l'Union monétaire en raison de leurs déficits élevés, ont reçu le soutien de leurs pairs lundi soir après leurs derniers plans de rigueur. Les nouvelles mesures d'économies de l'Espagne et du Portugal sont "courageuses" et "indiquent une trajectoire d'ajustement (budgétaire) qui nous donne satisfaction", a déclaré Jean-Claude Juncker. Un avis définitif sera rendu le 7 juin.

L'Espagne et le Portugal viennent d'annoncer de rudes cures d'austérité sous la pression des marchés et des poids lourds de la zone euro. Mercredi, José Luis Rodriguez Zapatero, chef du gouvernement espagnol, a annoncé une baisse des salaires des fonctionnaires, un gel de certaines retraites et la suppression d'une aide à la naissance de 2.500 euros, déclenchant l'ire des syndicats.

José Socrates, Premier ministre portugais, a suivi en annonçant jeudi le relèvement d'un point de base des taux de TVA, la hausse des impôts sur le revenu des ménages et sur les bénéfices des grandes entreprises et une réduction de 5 % des salaires des hommes politiques et des élus.

Ces mesures visent à redonner confiance dans la monnaie unique. Malgré la baisse de son taux de change, Jean-Claude Juncker a assuré lundi soir que "l'euro est une monnaie crédible" : "La stabilité des prix a été maintenue pleinement et sera maintenue à l'avenir" en zone euro. "Il s'agit d'un atout très important pour les investisseurs."

Budgets : Reynders favorable à un contrôle accru de la Commission européenne

[UPDATE] Didier Reynders, ministre belge des Finances, s'est montré mardi favorable à un contrôle accru de la Commission européenne sur les budgets nationaux des pays de la zone euro, évoquant même la piste des sanctions pour autant qu'elles soient "équivalentes" entre les pays.

L'idée de la Commission a suscité l'émoi de plusieurs pays, qui se sont inquiétés pour leur souveraineté. Même l'Allemagne, pourtant partisane d'une orthodoxie budgétaire stricte, a émis des réserves. Berlin a présenté des propositions alternatives : un renforcement du pacte de stabilité, avec des sanctions à la clé, et l'adoption par tous les pays de textes constitutionnels limitant les déficits. En Allemagne, le parlement a déjà adopté une loi dite Schuldenbremse, qui limitera à 0,35 % le déficit public à partir de 2016.

Interrogé sur le sujet mardi après un conseil Ecofin, Didier Reynders n'a exclu aucune des options : "Il est évident que la coordination a d'autant plus de sens dans la zone euro que dans l'Union à 27." Il a précisé être ouvert à "des incitants et de sanctions liés au budget communautaire", à condition qu'ils soient appliqués sans discrimination entre grands et petits pays.

Trends.be, avec Belga

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