Bruno Colmant: "On a sous-estimé la rancoeur de la classe moyenne américaine"

09/11/16 à 10:33 - Mise à jour à 15:28

Source: Trends-Tendances

Pour l'économiste de Degroof Petercam Bruno Colmant, la victoire de Donald Trump témoigne de la perte de fierté de l'Amérique.

Bruno Colmant: "On a sous-estimé la rancoeur de la classe moyenne américaine"

© BELGAPLUS

Quelle a été votre réaction ce matin en apprenant la victoire de Trump ?

Ma mère, fille d'Américains, avait raison : Trump a gagné. On a sous-estimé la rancoeur de la classe moyenne américaine qui n'a pas émergé de la crise de 2008 et qui de surcroît a vu son pouvoir d'achat stagner au cours des quinze dernières années.

Les "cassures" de la société américaine sont donc plus importantes qu'on ne l'imagine.

Trump n'est pas un populiste : il est l'incarnation un peu violente de la perte de confiance de l'Amérique. C'est quelque chose que nous n'avons pas mesuré. Les sondages sont passés totalement à côté de cette colère de l'Amérique des "blue collars", désespérée par les conséquences de la globalisation et de la révolution numérique.

Quelles conséquences cette victoire inattendue aura-telle pour l'économie européenne ?

C'est le début de la poursuite d'un courant isolationniste. Trump va mettre les Américains dans une posture protectionniste : il va suspendre le TTIP, mettre fin au Nafta avec le Mexique et augmenter les barrières douanières avec la Chine. Inévitablement, tout cela aura des conséquences négatives sur l'économie européenne.

Doit-on aussi craindre une guerre des monnaies ?

L'autre risque est effectivement de voir le monde entrer dans un cercle de dévaluations compétitives. On le voit bien aujourd'hui avec l'or le franc suisse qui font office de refuges. L'euro va devenir une monnaie forte, ce qui va pénaliser nos exportations.

Plus globalement, quelle leçon tirer de cette présidentielle américaine ?

Le référentiel du monde appartient à une période révolue : celle du baby-boom. Nous devons admettre que la prospérité liée à ce baby-boom a disparu. Nous devons admettre des taux de croissance moindres et nous y accoutumer.

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