Bouger moins pour gagner plus

10/05/11 à 15:05 - Mise à jour à 15:05

Source: Trends-Tendances

D'après une étude de l'UCL, reloger la moitié des Wallons dans les villes d'ici 2050 permettrait de réduire leur consommation de pétrole d'environ 40 %.

Bouger moins pour gagner plus

© Bloomberg

Le pic pétrolier nous guette. Selon l'Agence Internationale de l'Energie, la production de pétrole brut ne retrouvera jamais le niveau de 70 millions de barils par jour, atteint en 2006. Résultat de la baisse de l'offre : le prix moyen du pétrole brut va doubler d'ici 2035, et provoquer des réactions en chaîne. Sur 10 ans, estime le Bureau du Plan, le PIB va se comprimer de 2,2 %, les dépenses de chauffage vont augmenter de 40,6 %, les prix du diesel de 40,2 % et les prix alimentaires de 6,2 %.

Vu ces perspectives, comment réduire notre dépendance au pétrole ? Une équipe de l'IRES (Institut de recherches économiques et sociales) s'est penchée sur la question, sous un prisme inédit, celui de l'aménagement du territoire. "La tendance à l'étalement des habitations n'est pas du tout efficace du point de vue énergétique", explique Thierry Bréchet, coauteur de l'étude et professeur d'économie à la Louvain School of Management. Le développement à tous crins du réseau routier et la dispersion de l'habitat sur le territoire wallon ont en effet multiplié et rallongé les déplacements domicile-travail, qui s'avèrent particulièrement consommateurs de pétrole.

Pour tenter de rationaliser ces mouvements, l'IRES a développé des scénarios prospectifs, à l'horizon 2050. Ceux-ci évaluent l'impact que pourraient avoir des mesures de déplacement de la population des communes rurales vers les centres urbains, censés être les plus porteurs d'emplois. Dans l'un de ces scénarios, 50 % de la population wallonne vivant en milieu rural et 25 % de la population vivant dans des villages est relogée dans les agglomérations. Concomitamment, la part de la voiture dans les déplacements diminue de 40 %. Conséquence immédiate, d'après les experts de l'UCL : la consommation de pétrole diminuerait de près de 40 %. Si, en plus, le parc de voitures devient à 75 % électrique, la diminution de la consommation de pétrole approcherait les 44 %. Encore faudra-t-il convaincre les Wallons de prendre leur baluchon pour se rapprocher de leur lieu de travail...

Surtaxer la voiture, détaxer les déménagements

Les chercheurs ont dès lors imaginé une série de mesures que pourraient prendre les politiques, afin de réduire le nombre de trajets et, in fine, la facture énergétique. Plusieurs mesures fiscales sont notamment mises sur la table. Au premier rang : la réforme de la fiscalité résidentielle. Actuellement, l'importance des droits d'enregistrement (12,5 %) dissuade les Wallons de déménager. C'est d'ailleurs un constat que l'OCDE avait déjà dressé dans une étude récente. En réduisant les droits d'enregistrement sur l'acquisition des résidences principales, la mobilité des travailleurs devrait s'améliorer.

Autre angle d'attaque, pas forcément le plus populaire : la fiscalité sur la mobilité. L'IRES évoque la taxation au kilomètre, les péages urbains et autoroutiers, la suppression du régime favorable aux voitures de société, etc. En échange, une prime pourrait être instaurée en faveur des habitants qui logent à proximité de leur lieu de travail. Rendez-vous en 2050 pour vérifier si l'exode wallon est devenu une réalité.

Gilles Quoistiaux

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