BCE : un coup dans l'eau ?

03/05/13 à 12:55 - Mise à jour à 12:55

Source: Trends-Tendances

La baisse du taux d'intérêt annoncée par le BCE ne devrait pas avoir " beaucoup d'impact " selon Giuseppe Pagano, économiste et professeur à l'UMons.

BCE : un coup dans l'eau ?

© Reuters

L'instrument de la baisse du taux directeur de la BCE est-il émoussé ? C'est un des principaux leviers dont dispose cette institution pour donner un coup de pouce à l'économie en la diminuant, ou freiner l'inflation en l'augmentant. Pour Giuseppe Pagano, économiste à l'UMons, la réduction de 0,25% annoncée le jeudi 2 mai, de 0,75% à 0,5% (taux des opérations principales de refinancement), " n'aura pas beaucoup d'influence. " " Les taux sont tellement bas que les réduire encore jouera marginalement. Ensuite, la baisse du taux de la BCE se répercute mal ou pas du tout sur les taux consentis par les banques dans les crédits aux entreprises. Enfin, depuis la crise, les banques ne veulent plus prendre de risque. Le souci porte plus sur les risques que sur le niveau des taux. "

L'avis de Giuseppe Pagano reflète celui de nombreux économistes. Mario Draghi, le patron de la BCE, a longtemps été du même avis et avait refusé de réduire le taux. Le niveau n'a pas bougé depuis juillet 2012, lorsqu'il est passé de 1% à 0,75%. Mario Draghi estimait longtemps que baisser les taux était effectivement inutile, vu que ça n'aurait aucun effet (en langage BCE, cela se traduit par : la politique monétaire se transmet mal à l'économie). A présent il pense que cette transmission est plus efficace, que la baisse des taux pourrait quand même avoir des effets.

Un effet indirect positif : la baisse de l'euro, qui peut doper les exportations

" Le plus grand problème est de redonner confiance aux gens, aux agents économiques. Trop de crainte sur le futur, le chômage, la peur de perdre son emploi, voire son épargne, freine les achats de voitures, de maison, et à leur tour les entreprises investissent moins. C'est cette spirale négative qu'il faut briser " continue l'économiste montois.

Mais le message de la BCE est ailleurs. Pour la première fois, Mario Draghi a envisagé ouvertement de passer en taux négatif pour les dépôts pour pousser les banques à retirer l'argent placé à la BCE et le prêter aux entreprises. Plus de 100 milliards sont placés à la BCE au taux de 0%. Il veut montrer qu'il n'est pas à court de ressources.

Si la baisse du taux directeur n'a pas d'effet immédiat, il pourrait toutefois avoir un effet indirect à travers l'euro qui recule face au dollar. " Effectivement, la baisse des taux a pour effet de faire baisser l'euro, et pourrait alors relancer les exportations. Sur ce plan, il y a un impact potentiel de relance " continue Giuseppe Pagano. L'Allemagne en sera du reste le principal bénéficiaire. Ainsi, sans avoir les instruments de la banque centrale japonaise, Mario Draghi pourrait développer un semblant de politique d'abenomics, du nom du premier ministre japonais, qui organise une baisse du yen importante pour doper les exportations. Qui profite aux constructeurs automobiles japonais.

Robert van Apeldoorn

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