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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/12/16 à 10:17 - Mise à jour à 10:16

A-t-on encore besoin des élites?

L'année 2016 se termine tout doucement. L'une des leçons que nous pouvons déjà tirer, c'est la perte de légitimité des élites auprès des électeurs et des électrices.

A-t-on encore besoin des élites?

© Reuters

Le vote contre le bon sens du Brexit, l'élection inattendue de Trump et le rejet du référendum italien sont là pour nous le rappeler. Les élites se sont tout le temps trompées cette année. Elles sont accusées de ne plus comprendre ou partager la vie réelle de la population et donc d'être totalement déconnectées de la réalité.

Derrière le mot "élite", on vise évidemment les responsables politiques, les universitaires, les économistes influents et bien entendu les journalistes qui relaient les propos, les analyses et commentaires de ces élites. D'où la question suivante : vu l'échec de ces élites, en a-t-on encore besoin ?

La réponse est positive, car nos démocraties ont besoin d'experts qui nous éclairent dans nos décisions, mais qui soient respectés dans leur prise de parole. C'est d'autant plus important, que comme le faisait remarquer le nouveau directeur de l'institut d'études politiques à Paris (à mes confrères des Echos), "nous vivons dans un monde d'immédiateté, un monde de la communication instantanée via des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter qui nous poussent à condenser toute pensée en quelques signes".

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Vu l'échec des élites, en a-t-on encore besoin ?

Cela ne suffit toutefois pas, les représentants de cette élite devront aussi inventer une nouvelle manière d'être entendu, vu et lu par l'opinion publique. Le rôle de cette élite, c'est d'abord de donner des arguments ou des faits à l'opinion publique pour éclairer son vote ou ses décisions, mais comment le faire lorsque votre parole en tant qu'élite est démonétisée ? Ce sera le grand défi pour les années à venir pour nos démocraties : rendre à nouveau crédible la parole des élites et des experts. Le directeur de Science Po Paris (une fabrique de l'élite française et l'antichambre de l'ENA) rappelle que c'est d'autant plus important qu'on peut définir le populisme comme la volonté de proposer à l'opinion des réponses simples, voir simplistes, en faisant fi de la complexité du monde.

Oui, c'est donc vrai, les populistes ont le vent en poupe en ce moment, car ils font surtout appel à l'émotion plus qu'à l'intelligence. C'est ce que les Britanniques ont vécu pendant la campagne du Brexit, une campagne durant laquelle les populistes, les partisans de la sortie de la Grande-Bretagne ont menti.

Au final, c'est la démocratie qui a perdu, vu que les populistes ont joué sur la peur et l'angoisse, la peur et l'angoisse l'ont emporté sur la raison. Nous avons certes besoin d'une élite qui nous éclaire, mais à condition qu'elle soit réellement indépendante des lobbies, qu'elle ne répète par bêtement les arguments des puissants qui nous gouvernent, et qu'elle sache l'exprimer avec des mots clairs et sans tomber dans le simplisme. Il y a des chantiers plus faciles.

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