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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

24/07/15 à 15:41 - Mise à jour à 15:41

À qui profite vraiment ce 'tax shift'

Les membres du gouvernement en parlaient depuis des mois, mais le citoyen ne voyait rien venir. Et puis, patatras, c'est ce jeudi à l'aube que la coalition gouvernementale a enfin trouvé un accord sur le fameux "tax shift" - ce glissement de la fiscalité destiné à alléger le coût du travail, mais en le compensant par une hausse d'autres impôts notamment sur le patrimoine.

À qui profite vraiment ce 'tax shift'

© Belga

Au final, la coalition du premier ministre Charles Michel baisse substantiellement le coût du travail. Elle espère maintenant que les entreprises saisiront l'occasion pour investir et créer de l'emploi. Et comme vous le savez maintenant, ce glissement de la fiscalité sera notamment financé par le retour d'une TVA à 21% sur l'électricité et par une hausse du précompte mobilier de 25 à 27%.

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Sans demande, la baisse des charges servira surtout à rétablir les marges des entreprises et enrichir les actionnaires...

Premier commentaire: le gouvernement fait en quelque sorte un cadeau aux entreprises - en baissant fortement leurs charges - en espérant que celles-ci vont en profiter pour investir et créer de l'emploi. Sans vouloir jouer aux mauvais augures, cela reste encore à démontrer, car contrairement à ce que l'on pense, ce ne sont pas les entreprises qui créent de l'emploi. Ce sont les carnets de commandes de ces entreprises, c'est-à-dire la conjoncture. C'est donc la demande globale qui crée de l'emploi. Or, si les entreprises n'ont aucune vue sur l'avenir, si elles sentent que la demande n'est pas là - parce que les consommateurs restent frileux et préfèrent épargner que consommer, car ils ont peur de l'avenir -, il n'y aura rien à faire, l'emploi ne repartira pas. Et au final, la baisse des charges aura surtout servi à rétablir les marges des entreprises et à éventuellement enrichir les actionnaires, sans contrepartie en terme d'emploi. Ce scénario s'est hélas déjà déroulé par le passé en Belgique ou chez nos voisins Français par exemple.

Deuxième commentaire: le précompte mobilier va passer de 25% à 27%. C'était inévitable, mais il faut bien rappeler au citoyen qu'il y a moins de 10 ans, ce précompte était à 10%... On ne pourra donc plus dire que le capital n'est pas taxé. En revanche, cette hausse du précompte mobilier va surtout renforcer le secteur bancaire, car la détention d'actions individuelles (donc détenues en direct par le citoyen) sera pénalisée avec un taux de 27%. En revanche, si ce même citoyen opte pour une SICAV à 100% actions, alors il ne sera pas précompté, donc pas taxé. C'est tout bénéfice pour le secteur bancaire.

Et troisième commentaire: pour des raisons idéologiques et pour démontrer au peuple que l'on taxe le grand capital, même si c'est un gouvernement de droite qui est au pouvoir, on a instauré une taxe sur les plus-values importantes, au-delà de 10 millions d'euros. Mais cette taxe ne rapportera rien, car la parade est déjà trouvée, notamment via la constitution de holding à l'étranger.

Mais bon, le gouvernement a voulu faire vite, il a voulu envoyer une fumée blanche avant de partir en vacances. Pourtant, cette fumée est plutôt grise, car beaucoup de ces mesures restent floues et seront encore triturées par les différents secteurs, terme poli pour désigner les différents lobbies. Il faudra attendre de voir les textes définitifs pour enfin comprendre le grand dessein de ce gouvernement.

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