444 millions par an : l'Etat rate-t-il la poule aux ½ufs d'or ?

10/05/12 à 16:47 - Mise à jour à 16:47

Source: Trends-Tendances

Une politique de remboursement des médicaments optimale rapporterait 444 millions d'euros par an, chiffre l'Itinera Institute, qui plaide pour une obligation de prescriptions sur base du nom de la molécule. Il faut aussi, selon le think tank, laisser les mutuelles libres de négocier directement le prix des médicaments.

444 millions par an : l'Etat rate-t-il la poule aux ½ufs d'or ?

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L'Itinera Institute a calculé qu'une politique de remboursement des médicaments optimale représenterait un potentiel d'économie d'environ 444 millions d'euros par an "sans affecter les capacités d'innovation du secteur pharmaceutique", révèle-t-il dans une étude publiée jeudi.

"Pour atteindre cet objectif, le gouvernement belge doit, à côté des réformes en cours, prendre des mesures complémentaires et supprimer certaines procédures obsolètes", précise Itinera, qui suggère "de supprimer le système de quotas existants proposant des médicaments bon marché pour les médecins et de le remplacer par une obligation pour les médecins de prescrire le nom scientifique du médicament sauf exceptions fondées scientifiquement".

"Des contrats négociés par les mutuelles permettront l'arrivée de davantage de comparaisons de prix sur le marché et stimuleront la concurrence, enchaîne le think tank. L'obligation de substitution des pharmaciens sur base d'une liste de prix renouvelable mensuellement comporte des effets collatéraux indésirables." Itinera propose donc "une revue semestrielle et non mensuelle de la liste des prix des médicaments les moins chers".

Conseil n° 1 : revoir la liste de prix des médicaments les moins chers tous les six mois

Une des nouvelles réformes en cours est l'obligation de substitution pour les pharmaciens. Le pharmacien est obligé de proposer l'un des trois médicaments les moins chers au patient sur base d'une liste révisable mensuellement. Si le patient n'opte pas pour ce médicament, le prix est alors entièrement supporté par le patient. Cela signifie qu'un médicament peut être le moins cher pour un mois défini, mais ne plus l'être pour le(s) mois suivant(s).

"Cette révision fréquente de la liste des prix comporte des risques collatéraux tels que des pénuries, des surplus, voir des invendus chez les pharmaciens, prévient cependant Itinera. En plus, le risque de changement fréquent de médicaments peut entraîner des perturbations chez les patients (particulièrement chez les personnes âgées)." Le groupe de réflexion propose donc "de ne pas revoir la liste de prix de manière mensuelle mais semestriellement pour limiter les effets indésirables de changements trop fréquents".

Conseil n° 2 : supprimer les procédures obsolètes qui distordent le marché

Itinera plaide, dans le cadre de l'introduction des nouvelles réformes, pour la suppression de certaines procédures jugées obsolètes. "Par exemple, l'introduction d'un médicament générique sur le marché belge suite à l'expiration d'un brevet est trop complexe, administratif et coûteux en temps. Il s'ensuit que certains acteurs ne viennent pas en Belgique, le marché étant trop petit pour engager de telles procédures. Une moins grande concurrence en résulte."

Il serait plus efficace, selon le think tank, de porter ces décisions et procédures à un niveau plus international : "La condition selon laquelle chaque médicament générique voulant être vendu sur le marché belge doit être 44 % moins cher que le prix initial du médicament breveté est souvent un frein à l'entrée sur le marché belge."

Conseil n° 3 : obliger les médecins à prescrire le nom de la molécule

Itinera propose encore "d'abolir le système de quota prévoyant des médicaments meilleur marché pour les médecins et de le remplacer par une obligation de prescrire les médicaments sur base du nom de la molécule, sauf dans le cas d'une objection thérapeutique scientifiquement fondée. Cela signifie que le monitoring en deviendrait plus simple et permettrait de synthétiser les cas pour lesquels ils existent une objection thérapeutique."

Conseil n° 4 : laisser les mutuelles négocier directement le prix des médicaments

Au Pays-Bas et en Allemagne, les mutuelles remplissent un rôle direct dans la fixation des prix des médicaments, précise l'Itinera Institute. "Des contrats sélectifs par les mutuelles sont dans ce cas possibles. Par ce biais, davantage de comparaisons des prix existeront pour chaque médicament et inciteront les entreprises pharmaceutiques à se faire davantage concurrence."

Itinera plaide donc "pour l'introduction des contrats sélectifs par les mutuelles. Cela signifie que les mutuelles recevront davantage de responsabilité et rempliront un autre rôle dans la politique des soins de santé."

Une politique de remboursement des médicaments optimale rapporterait à l'Etat et soutiendrait l'innovation

Itinera a calculé qu'une politique de remboursement des médicaments optimale représentait un potentiel d'économie de 444 millions d'euros par an, tout en renforçant le potentiel d'innovation des entreprises pharmaceutiques, en réinvestissant directement une partie des gains dans la recherche et l'innovation. "Il s'agit d'un élément crucial pour maintenir la recherche & développement dans un environnement international où l'innovation du secteur est à la traîne."

"Ne tombons pas dans le réductionnisme à tout prix : il est nécessaire de développer une vision de long-terme !", conclut le think tank, pour qui "l'optimalisation de la fixation des prix des médicaments mène à n'en point douter à réaliser des économies. Néanmoins, on ne résoudra pas les défis budgétaires des soins de santé en se focalisant sur le prix des médicaments. Une réforme ambitieuse de notre système de soins de santé est indispensable pour répondre aux dépenses croissantes en soins que l'on va connaître à long terme."

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