Daan Killemaes
Daan Killemaes
Rédacteur en chef de Trends Magazine
Opinion

02/01/17 à 11:58 - Mise à jour à 11:58

"2017 pourrait s'avérer la meilleure année depuis la récession de 2008-2009"

" 2017 est une année qui se ressentira comme inhabituelle, étrange et paradoxale", écrit Daan Killemaes, rédacteur en chef du Trends néerlandophone.

"2017 pourrait s'avérer la meilleure année depuis la récession de 2008-2009"

© Getty Images/iStockphoto

2017 a en fait déjà commencé depuis quelques semaines. L'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis est un tel moment décisif que la nouvelle année a déjà commencé le 8 novembre sur les plans économique, financier et politique. L'année calendrier prendra la couleur des lignes de crêtes qui se sont déjà dessinées depuis lors.

Le 8 novembre était le coup d'envoi d'une nouvelle politique économique. L'étoile de la sobriété fiscale pâlira, alors que la croissance des déficits publics sera à nouveau prisée au nom de la relance économique. Enfin, diront les banquiers centraux, car ils ne seront plus les seuls à devoir porter la charge de la reprise. Aux Etats-Unis, Donald Trump va ressortir le fouet fiscal pour booster l'économie américaine. La diminution d'impôt va certes être moins spectaculaire que promis et les investissements publics supplémentaires connaîtront du retard, mais si Trump tient parole, ce sera une politique du trop et du trop tard. Le cycle conjoncturel américain a déjà très bien progressé après sept années de reprise modérée. L'inflation augmente lentement mais sûrement, alors que le marché du travail est déjà relativement tendu. La surchauffe menace à l'horizon de 2018, bien que c'est, selon la présidente de la Fed Janet Yellen, une stratégie recommandée pour booster le potentiel de croissance de l'économie américaine.

L'Europe ne parviendra pas à appuyer sur la pédale de gaz fiscale, alors que la politique budgétaire n'est également plus restrictive depuis l'an dernier. La Commission Européenne rêve de déficits plus importants et elle se montrera plus tendre à l'égard des Etats membres pécheurs, mais tout de même, l'Allemagne surtout, en 2017 également, n'aura pas envie d'entraîner l'Europe dans des nouvelles aventures fiscales. La conjoncture reprend entre-temps aussi des forces en Europe, grâce à la politique monétaire souple, à l'euro faible, à un renforcement du pouvoir d'achat et à une reprise de confiance dans les entreprises et les ménages. Croisons les doigts, mais 2017 pourrait se révéler la meilleure année depuis la récession de 2008-2009.

Le 8 novembre a marqué le début d'une nouvelle ère financière. 'Déflation' et 'taux d'intérêt négatif' disparaissent du jargon des économistes, pour faire place à 'prévisions inflationnistes' et 'charges d'intérêt plus élevées'. La fin de la tendance vieille de 35 ans de taux d'intérêt en baisse a déjà été annoncée quelques fois de trop pour encore être crédible, mais 2017 s'avère le point de rupture définitif. Les prix de l'énergie un peu plus élevés, une inflation lentement en augmentation et une accélération de la croissance vont soutenir les taux d'intérêt en 2017. Pour la première fois en dix ans, La Banque Centrale Américaine relèvera le taux directeur à plusieurs reprises en 2017. Non pas que les taux d'intérêt vont soudainement crever le plafond. Le monde porte encore beaucoup trop de dettes, ce qui entraîne une autodestruction des taux d'intérêt trop élevés. Certainement en Europe, où la Banque Centrale Européenne tient le taux d'intérêt sous contrôle avec une politique monétaire constamment expansionniste. C'est la raison pour laquelle, en 2017 encore, l'épargnant se demandera où reste cette nouvelle ère financière, car les rendements de l'épargne resteront ridiculement faibles. Sur les marchés des changes, on peut pourtant s'attendre à des feux d'artifice. Une politique monétaire plus serrée aux Etats-Unis se heurtera à la politique monétaire souple en Europe et au Japon. Le dollar règnera en 2017. Ce qui n'est pas sans danger, principalement parce qu'un dollar fort va renforcer les réflexes protectionnistes de Donald Trump.

Le 8 novembre était le coup d'envoi d'une année politique volatile. En 2017, l'électeur sera de la partie, avec des élections aux Pays-Bas, en Italie, en France et en Allemagne. La faible croissance, les flux migratoires, la menace terroriste, les changements rapides dans l'économie, la globalisation, ... Ces facteurs nourrissent la frustration chez un électeur qui se sent insuffisamment compris par l'élite politique. En 2017, il y aura un parfum de révolution dans l'air, mais cent ans après la révolution russe précisément, le capitalisme ne mourra pas. 2016 a apporté le Brexit et Donald Trump, mais 2017 n'amènera ni Marine Le Pen, ni Geert Wilders, ni Peppe Grillo au pouvoir. Et après 2017 encore, Angela Merkel restera la constante sur les photos des réunions des dirigeants mondiaux. Gardons aussi un oeil sur la Chine, où l'homme fort Xi Jinping désirera élargir sa puissance au cours du congrès du parti quinquennal. La Belgique n'organisera pas d'élections en 2017. Le gouvernement Michel va s'en tenir aux premiers résultats des mesures prises et de la conjoncture favorable, mais il ne trouvera pas de deuxième souffle. L'objectif d'un budget en équilibre est abandonné, car celui-ci ne vaut pas une augmentation d'impôt.

2017 est une année qui se ressentira comme inhabituelle, étrange et paradoxale. La prospérité économique ne pourra pas évacuer le malaise politique, mais l'inverse est bel et bien possible. Rupture, ce terrible mot à la mode en 2016, survivra aussi à 2017.

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