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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

18/05/11 à 11:46 - Mise à jour à 11:46

Poker menteur autour de la dette grecque

C'est une sorte de poker menteur qui se joue en ce moment autour de la Grèce. D'un côté, les gouvernements de la zone euro répètent aux médias qu'il n'est pas question que la Grèce restructure sa dette publique. De l'autre, les investisseurs parlent d'hypocrisie et sont plus de 85 % à parier que la Grèce restructurera sa dette.

C'est une sorte de poker menteur qui se joue en ce moment autour de la Grèce. D'un côté, les gouvernements de la zone euro répètent - quasi mécaniquement et chaque jour - aux médias qu'il n'est pas question que la Grèce restructure sa dette publique. De l'autre, les investisseurs parlent d'hypocrisie et sont plus de 85 % à parier que la Grèce restructurera sa dette.

Juste un petit mot d'explication. Lorsqu'on dit que la Grèce restructurera sa dette publique, que vise-t-on exactement ? Comme la Grèce n'arrive pas à réduire ses déficits et à générer de la croissance, il est clair qu'elle ne pourra pas rembourser sa dette publique. Donc, la restructuration pourrait lui donner un peu d'air.

Cette restructuration peut prendre plusieurs formes. Primo, une restructuration lourde, qui consiste en une réduction de la valeur des créances. Autrement dit, si la Grèce doit 100, elle ne remboursera plus que 90 ou 80, par exemple. C'est le scénario qui fait peur aux banques européennes, mais également aux fonds de pension et aux compagnies d'assurance, qui vont souffrir. Je vous rappelle que les portefeuilles de ces institutions sont bourrés d'obligations de l'Etat grec : une dépréciation de la dette publique grecque aurait pour conséquence une baisse des rendements pour les assurés ou, pire encore, pour les retraités !

Secundo, la restructuration peut être plus légère. On pourrait imaginer d'allonger la maturité de la dette publique grecque. Si la Grèce doit rembourser une somme X dans 10 ans, on lui propose d'étaler ce remboursement sur 13 ou 15 ans, par exemple. C'est en ce sens que pousse en ce moment le gouvernement allemand. En contrepartie de l'allongement des échéances de remboursement de la Grèce, il propose cependant un nouveau tour de vis budgétaire. Une autre méthode de restructuration douce consisterait à réduire les taux d'intérêts demandés aux Grecs.

En fait, tout est possible, y compris un mélange de toutes ces solutions ! Ceci dit, il n'est toujours pas question, officiellement, de restructurer la dette publique grecque. Il est vrai aussi que les grandes banques ont beaucoup à perdre d'une telle opération. Une étude de Credit Suisse a évalué l'impact d'une restructuration en Grèce, au Portugal et en Irlande, les fameux trois pays à problème. Cela coûterait 200 milliards d'euros, soit un an de profit pour l'ensemble des banques européennes. On comprend mieux leurs réticences.

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