Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

28/02/11 à 10:41 - Mise à jour à 10:41

Pétrole : le paradoxe de la crise arabe

Cette crise arabe, et c'est son paradoxe, nous rappelle que nos économies sont encore trop dépendantes des énergies fossiles.

La crise en Afrique du Nord risque d'avoir un impact sur le prix de votre essence. La Libye exporte aujourd'hui 1,2 million de barils de pétrole par jour. Le marché pétrolier peut encore survivre par rapport à ce manque quotidien. En revanche, si l'Algérie voisine venait, elle aussi, à succomber au chaos d'une guerre civile, ce ne sont plus 1,2 million de barils par jour qui manqueront, mais bien 2,8 millions. Et là, c'est un autre problème !

Une banque d'affaires a calculé que le baril, au lieu de flirter avec les 120 dollars comme il le fait en ce moment, risquerait alors de grimper à 220 dollars le baril. Autant dire que, si ce scénario catastrophe devait se réaliser, cela se traduirait par quelques dizaines de centimes de plus sur le litre de super, de gazole ou encore de fioul domestique.

Comme le faisait remarquer le journal Les Echos, payer plusieurs dizaines de centimes en plus pour son essence ou son chauffage domestique, c'est un prix bien dérisoire au regard de la valeur du sang versé en Libye, en Egypte et en Tunisie. Mais si le citoyen d'Occident sera sans doute d'accord avec le raisonnement, il est probable que ce même citoyen, s'il prend sa casquette de consommateur, sera un peu moins d'accord. La crise a déjà écorné son pouvoir d'achat et s'imaginer qu'il devra longtemps payer plus cher pour rouler ou se chauffer n'est pas une perspective qui l'enchante.

Cette crise arabe, et c'est son paradoxe, nous rappelle cependant que nos économies sont encore trop dépendantes des énergies fossiles. Le problème est qu'avec la crise des subprimes, c'est un constat qui a quelque peu été oublié, et notamment la nécessité de promouvoir les énergies alternatives.

Comme le remarquait Les Echos, le plus drôle avec cette crise, si je puis dire, c'est que nous allons sans doute payer, sous une autre forme, cette fameuse taxe carbone dont quasi personne n'a voulu en Europe. A la différence du produit de cet impôt qui n'a pas vu le jour, et qui aurait pu alimenter les investissements publics dans les énergies alternatives, le produit de ce qu'il faut bien appeler l'"impôt libyen" remplira les caisses des Etats producteurs de pétrole au Moyen-Orient. Du moins, cette fois-ci, y a-t-il une petite chance que cet argent renfloue les caisses de démocraties naissantes... C'est un début de consolation.

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