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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/01/10 à 15:23 - Mise à jour à 15:23

Pétrole, géopolitique et american way of life

Quand George Bush demande à l'Arabie Saoudite d'augmenter sa production de pétrole, il semble être bien entendu. Car cela contente tout le monde.

Pétrole, géopolitique et american way of life

Les lecteurs du Wall Street Journal savent que ce journal économique est de tendance conservatrice. Pourtant, alors qu'il avait plutôt appuyé la présidence de George Bush, il n'a pas hésité, ce week-end, à lui rentrer dedans: à ses yeux, George Bush est coupable d'avoir été mendier auprès des Saoudiens pour que ceux-ci augmentent l'offre de pétrole sur le marché, dans le but de faire diminuer les prix. Cela aurait du reste plutôt bien marché, puisque après son départ d'Arabie Saoudite, les Saoudiens ont annoncé qu'ils allaient augmenter leur production de 300.000 barils par jour.

En fait, comme toujours, derrière cette annonce de façade, il faut voir plusieurs choses. La première, c'est que l'administration Bush a profité de cette visite pour proposer aux Saoudiens de les aider à développer des réacteurs nucléaires pour leurs besoins civils. L'idée est qu'en développant sa propre énergie nucléaire, l'Arabie Saoudite pourra exporter plus de pétrole puisqu'elle en aura moins besoin pour ses besoins domestiques. Evidemment, l'argument ne convainc pas tout le monde. Mais surtout, l'arrivée d'un savoir-faire nucléaire dans une théocratie instable n'est pas de nature à rassurer les plus pessimistes.

L'autre raison pour laquelle les Saoudiens ont accepté d'augmenter leur production de pétrole, c'est que même s'ils ne portent pas l'administration Bush dans leur coeur, ils ont besoin de l'aide militaire américaine pour faire face aux Iraniens. Pour l'instant, l'Iran est en effet le grand gagnant du 11 septembre 2001. Pour éviter une attaque d'Israël ou des Etats-Unis, l'Iran a finalement disposé ses pions en Irak via la communauté chiite, au Liban via le Hezbollah, en Palestine via le Hamas et en Syrie via un gouvernement aux abois. Américains et Saoudiens se doivent donc de contrer ce croissant chiite, les uns pour éviter que l'Irak, dont la guerre a coûté cher aux citoyens américains, ne tombe dans les mains des Iraniens, et les autres parce qu'ils ne veulent pas que le chiisme prenne le dessus sur le sunnisme.

Et puis si Bush a sollicité les Saoudiens, c'est enfin parce qu'aux Etats-Unis, la solution du problème énergétique ne passe pas par la demande, c'est-à-dire par la réduction de la consommation américaine. Aux Etats-Unis, si on veut être élu ou réélu, il faut parler d'augmenter l'offre. Les Américains vivent loin de leur travail, ils conduisent de grosses voitures et ils habitent des maisons énergétiquement inefficaces. Fiers de leur american way of life, ils ne veulent pas changer leur mode de vie. A l'inverse des Européens, les Américains pensent que la nature peut être domestiquée, et donc que la science trouvera demain une solution pour rouler et se chauffer sans pétrole. En attendant, il faut demander aux Saoudiens d'augmenter leur production. Sans quoi on les laisse se débrouiller seuls face aux Chiites iraniens.

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