Un émergent à la tête du FMI, ça changerait quoi ?

26/05/11 à 13:30 - Mise à jour à 13:30

Source: Trends-Tendances

L'Inde appelle les autres grands pays émergents à s'unir pour présenter un candidat commun face à la Française Christine Lagarde. La perspective n'est pas du tout du goût des Européens. Mais ont-ils vraiment raison de s'inquiéter ?

Un émergent à la tête du FMI, ça changerait quoi ?

© Reuters

"La nationalité d'un candidat à la direction du FMI est aussi importante que celle d'un arbitre de Coupe du Monde", affirme sur son blog Felix Salmon de Reuters. Lors de sa nomination, en 2007, Dominique Strauss-Kahn avait assuré que son successeur devrait venir d'un pays émergent, pour mieux refléter les nouveaux équilibres mondiaux. Les émergents, qui s'en souviennent et revendiquent désormais leur droit à obtenir le poste, commencent à s'organiser : le ministre indien des Finances a déclaré jeudi qu'il était en contact avec ses pairs de plusieurs pays émergents pour soutenir un candidat commun face à Christine Lagarde.

De leut côté, les Européens sont plus que jamais soucieux de placer l'un des leurs à la tête du FMI, alors que la zone euro ne voit pas la fin de la crise. Leur crainte étant qu'un représentant des pays émergents soit moins enclin que ne l'était DSK à leur consacrer autant de ressources. Ils n'ont pas tout à fait tort : les émergents se sont déjà plaint du traitement de faveur qu'ont reçu les Grecs et les Irlandais sous l'impulsion de l'ex-directeur français, et rappellent que lors des crises d'Amérique du Sud ou d'Asie, le FMI avait imposé des remèdes bien plus amers. "Un directeur émergent serait beaucoup plus sévère que Lagarde avec les maillons faibles européens", estime ainsi Simon Johnson, l'ancien chef économiste du FMI

De fait, "parmi les candidats officiels des pays émergents, aucun ne remet en cause l'idéologie orthodoxe du Fonds, bien que celle-ci se soit avérée erronée", note Peter Chow, chercheur au Bretton Wood Project. Après tout, leur formation est la même que celle des grands technocrates américains. Le gouverneur de la banque centrale mexicaine Agustin Carstens a été formé, comme de nombreux fonctionnaires du FMI, à l'université de Chicago. Shanmugaratnam Tharman, le ministre des Finances de Singapour, a effectué ses Masters à l'Université de Cambridge au Royaume Uni et à Harvard aux Etats-Unis. Quant à l'ancien patron de la Banque centrale brésilienne, Arminio Fraga, il a reçu son doctorat d'économie à l'université de Princeton.

Loin d'amorcer une ère de réformes, l'arrivée d'un émergent représenterait donc certainement un retour à une plus stricte orthodoxie après que DSK se soit timidement aventuré à aborder des questions de contrôle de capitaux.

N'en déplaise aux Européens, pour bon nombre d'observateurs, c'est justement parce que l'on est en pleine crise européenne qu'il est recommandable d'avoir un émergent à la direction du Fonds. "Quand les pays en développement étaient en crise, comme lors de la crise mexicaine de 1995, personne ne disait qu'il fallait avoir un Latino-Américain" à la tête du Fonds, fait valoir l'Argentin Claudio Loser, ex-directeur du département Amériques du FMI. Il serait même "dans l'intérêt des Européens de recevoir des conseils impartiaux et indépendants de la part du FMI, affirme dans le Financial Times Martin Wolf. Quelqu'un doit les obliger à reconnaître qu'une restructuration sera probablement nécessaire et qu'il vaut mieux réparer les systèmes financiers directement plutôt que de le faire indirectement via des prêts à des Etats insolvables".

Il convient toutefois de relativiser l'importance de la nationalité du directeur. "Le directeur du FMI a un rôle important de coordination et d'impulsion mais il n'a pas le rôle central, rappelle Benjamin Carton, économiste au Cepii. Il y a aussi le conseil d'administration où seuls les Etats-Unis ont un droit de veto. Donc quoi qu'il arrive, les Américains resteront un acteur majeur. Quant aux Européens, ils conserveront aussi un grand poids au sein du Conseil." C'est pourquoi, pour Simon Johnson, "tout candidat émergent serait obligé d'apaiser les appréhensions européennes et de garantir qu'il continuerait pour un temps les plans de sauvetage généreux".

Laura Raim, L'Expansion.com

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