Salaires plafonnés : quel patron perdrait le plus ?

13/04/11 à 15:20 - Mise à jour à 15:20

Source: Trends-Tendances

Quatre parlementaires socialistes ont déposé des propositions de loi visant à limiter à 20 fois, dans les entreprises publiques, l'écart maximal entre le salaire médian et le salaire le plus élevé. Appliqué à GDF Suez, ce calcul vaudrait à Gérard Mestrallet de perdre 90 % de sa rémunération...

Salaires plafonnés : quel patron perdrait le plus ?

© Bloomberg

La récession de 2008-2009 a finalement eu peu d'effet sur les salaires des patrons des grandes entreprises cotées. Ils se trouvent toujours à des niveaux extrêmement élevés et sans commune mesure avec ceux des salariés, des indépendants et des dirigeants de PME.

Le hit-parade 2010 est le suivant :

- 4,4 millions d'euros pour Carlos Brito (AB InBev) ;

- 3,1 millions pour Gérard Mestrallet (GDF Suez) ;

- 2,5 millions pour Didier Bellens (Belgacom) ;

- 1,8 million pour Pierre Mariani (Dexia) ;

- 1,7 million pour Christian Jourquin (Solvay) ;

- 1,3 million pour Bert De Graeve (Bekaert) ;

- 1,2 million pour Jan Vanhevel (KBC).

Ce sont surtout les bonus accordés aux managers du secteur bancaire (600.000 euros pour Pierre Mariani, 480.000 pour Jan Vanhevel) qui passent mal, vu les aides publiques accordées à leurs établissements. Résultat ? Des initiatives politiques sont réapparues pour tenter de les maîtriser. Comme celles de députés PS qui proposent de limiter les bonus à 30 % du salaire fixe.

Salaires plafonnés : le patron de GDF Suez y perdrait 90 % de sa rémunération

Chaque année, le salaire des dirigeants fait couler beaucoup d'encre et de salive. Le débat n'est pas neuf. En son temps, Platon estimait déjà que "le législateur devait établir quelles sont les limites acceptables à la richesse et à la pauvreté". Le philosophe proposait un rapport d'un à quatre entre les revenus les plus hauts et les plus bas de la Cité. Bien plus tard mais dans le même esprit, John Pierpont Morgan, fondateur de la banque JPMorgan Chase, affirmait au début du 20e siècle que le PDG d'une grande société ne devait pas gagner plus de 20 fois la moyenne des salaires de ses employés.

Cette idée, quatre parlementaires socialistes viennent de la reprendre à leur compte en déposant des propositions de loi visant à limiter à 20 fois, dans les entreprises publiques, l'écart maximal entre le salaire médian et le salaire le plus élevé. Une proposition utopique, qui, si elle se réalise, ferait mal au portefeuille.

Car, en se basant sur le salaire minimum mensuel en Belgique (1.259 euros) et en prenant en compte un treizième mois, le plafond serait fixé à 327.340 euros par an. En soustrayant le maximum de ce plafond théorique aux rémunérations totales (salaire fixe, variable et stock-options), quel serait le patron qui aurait le plus à craindre d'une telle mesure ?

Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez, verrait sa rémunération diminuer de 2,9 millions d'euros, soit une baisse de 90 %. Didier Bellens, administrateur délégué de Belgacom, subirait lui aussi une cure drastique de ses émoluments, perdant au passage 2,2 millions d'euros (- 87 %).

Même constat pour Pierre Mariani, président du comité de direction de Dexia : sa rémunération actuelle de 2,03 millions d'euros serait diminuée de 84 %. Avec plus de 900.000 euros de salaire, Johnny Thijs, patron de Bpost, verrait son traitement diminuer de 64 %. Quant aux trois administrateurs délégués des chemins de fer, il ne leur resterait que 130.000 euros de salaire brut par an, soit un fléchissement de 68 %.

Resterait alors une question : que deviendrait l'argent économisé en plafonnant le salaire de ces patrons ?

Valéry Halloy et Jean-Christophe de Wasseige

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