Pourquoi le choix de Frans Muller comme nouveau CEO de Delhaize déçoit les marchés

04/09/13 à 12:48 - Mise à jour à 12:48

Source: Trends-Tendances

C'est le Néerlandais Frans Muller, l'ancien CEO du groupe allemand Metro Cash & Carry, qui succédera à partir du 8 novembre à la tête du groupe belge de distribution. Une désignation sanctionnée par les analystes financiers qui estiment que le futur CEO n'a pas d'expérience du métier de supermarché ni du marché américain, où le groupe réalise les deux tiers de son chiffre d'affaires.

Pourquoi le choix de Frans Muller comme nouveau CEO de Delhaize déçoit les marchés

© Delhaize

Après UCB, Solvay et tout récemment Bekaert, c'est encore un CEO non-belge qui présidera aux destinées du groupe de distribution, un de nos derniers fleurons et poids-lourd du BEL20. Mais ce n'est pas la nationalité du successeur de Pierre-Olivier Beckers qui a heurté les marchés. C'est davantage son profil. Le néerlandais Frans Muller était jusqu'au printemps dernier le CEO du groupe allemand Metro Cash & Carry. Même si le communiqué annonçant le remplaçant de Pierre-Olivier Beckers, à partir du 8 novembre, souligne que ce Néerlandais de 52 ans "compte plus de 15 ans d'expérience à des postes de direction dans le secteur de la distribution" et qu'il "apportera au Groupe Delhaize une expertise impressionnante en matière de gestion d'organisations globales et complexes", ce choix rend les observateurs sceptiques.

Le futur CEO, qui rejoindra le groupe au lion dès le 14 octobre, était jusqu'à la fin mars 2013 membre du Management Board de groupe allemand de distribution de Metro AG (présent en Belgique via ses filiales Makro, Metro Cash & Carry, MediaMarkt et Galeria Inno) et CEO de Metro Cash & Carry, avec la responsabilité directe d'approximativement 740 magasins dans 29 pays et un chiffre d'affaires de 31,6 milliards d'euros.

La démission du patron de la filiale américaine inquiète

Cette nouvelle est couplée avec l'annonce de la démission immédiate de Roland Smith, le CEO de Delhaize America, qui était candidat à la succession de Pierre-Olivier Beckers. " C'est une très mauvaise nouvelle pour le groupe, commente Pascale Weber, analyste financière chez KBC Securities. Les investisseurs craignent un retard dans le repositionnement de Food Lion (Ndlr, sa principale enseigne aux Etats-Unis) et s'inquiètent du non-remplacement de ce dernier. Les activités américaines de la société rapporteront désormais au nouveau CEO du groupe qui, d'après son CV, ne connaît pas le marché américain." Faut-il y voir un déplacement à terme du centre de décision outre-Atlantique, là ou Delhaize réalise les deux tiers de ses ventes.

Autre déception aux yeux de l'analyste : Frans Muller n'est pas vraiment un spécialiste des supermarchés, le format de prédilection du groupe. Le groupe Metro dans lequel il a passé 15 ans est connu pour ses magasins de vente en gros aux professionnels Metro Cash & Carry, ses department stores Kaufhof (maison-mère des Inno) et ses grandes surfaces d'électronique telles que Media Markt et Saturn.

L'action Delhaize qui a gagné plus de 50 % depuis le début de l'année - suite aux bons résultats annoncés - perdait plus de 7 % à la mi-journée à 46 euros et quelques.

Ce choix en externe est également étonnant car les solides candidats ne manquaient pas en interne : Stéfan Descheemaeker (CEO pour l'Europe), le Français Pierre Bouchut (directeur financier) et l'Américain Roland Smith avaient tous les trois le profil de l'emploi.

Double première : un CEO non-belge et extérieur aux familles fondatrices

Dans sa recherche de l'oiseau rare, on rappellera que le groupe avait fait appel au bureau de chasseurs de têtes Egon Zehnder. Ce dernier a été chargé d'accompagner le Comité de rémunération et de nomination (composé du président du conseil d'administration Mats Jansson, de Jacques de Vaucleroy -- un des trois représentants familiaux au CA , d'Hugh Farrington et de Bill McEwan) et l'actuel CEO.

L'arrivée de Frans Muller marque un tournant dans l'histoire du groupe. Pour la première fois, il ne s'agit pas d'un membre des familles fondatrices (qui contrôlent quelque 20 % de l'actionnariat). Pierre-Olivier Beckers, qui restera administrateur du groupe après le 7 novembre, est l'arrière-petit-fils de Jules Vieujant, l'un des trois fondateurs du groupe.

Sandrine Vandendooren

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