Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

02/08/16 à 15:15 - Mise à jour à 15:15

La véritable raison pour laquelle les experts ne voient jamais venir les crises

Avez-vous remarqué que depuis quelques années, chaque fois qu'une crise éclate, les experts nous disent la bouche en coeur que "personne n'a rien vu venir" ? Le dernier exemple en date est le Brexit...

La véritable raison pour laquelle les experts ne voient jamais venir les crises

/ © Reuters

L'écrasante majorité des experts pensaient que les Britanniques voteraient avec leur tête et pas avec leur coeur. Et l'on sait ce qu'il est advenu...

On l'a vu aussi aux États-Unis avec la désignation de Donald Trump pour représenter les Républicains. Il y a un an encore, la plupart des sondages et des commentateurs politiques ne lui donnaient aucune chance...

Et des surprises qui ont... surpris les experts, il y en a hélas des tonnes. Souvenez-vous, c'était le cas avec la bulle Internet au début des années 2000. C'était aussi le cas avec la crise de l'euro en 2011-2012. Et également le cas il y a moins de deux ans quand le cours du baril de pétrole a chuté brutalement. Ou encore quand les marchés boursiers chinois ont dévissé durant l'été 2015 et début 2016. Chaque fois, les mêmes experts nous disaient, et nous disent encore que "personne n'a rien vu venir". Bref, que de tels événements sont imprévisibles.

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Les experts et les stars des médias côtoient la même caste de personnes, souvent une élite coupée de la réalité...

L'Américain Graham Summers, qui analyse depuis longtemps les marchés internationaux, notamment pour la lettre d'information La Chronique Agora, ne croit pas à cette explication. Pour lui, si les experts, et les médias dans leur sillage, se trompent si souvent, c'est parce qu'ils sont coupés du monde réel.

En fait, les experts et les stars des médias côtoient la même caste de personnes, souvent une élite coupée de la réalité. Ils fréquentent les mêmes amis, ont été dans les mêmes universités, vont dans les mêmes restaurants et lisent souvent les mêmes journaux. En soi, ce n'est pas un crime de fréquenter des personnes qui partagent vos opinions - les adolescents font la même chose sur Facebook. Sauf que pour un expert, c'est très mauvais puisque son opinion a une influence sur les autres.

Graham Summers pense, par exemple, que la femme la plus puissante du monde, Janet Yellen, présidente de la Banque centrale américaine (Fed), celle qui décide des taux d'intérêt aux États-Unis et donc d'une bonne partie du monde, eh bien Janet Yellen a le tort de ne fréquenter que le club des 0,1% des personnes les plus riches au monde, estime Graham Summers. L'idée selon laquelle la présidente de la Banque centrale la plus puissante au monde est un tant soit peu connectée "au quotidien de tout un chacun" est risible, pour ne pas dire absurde, selon Graham Summers.

Il faut dire que ce dernier épingle aussi les médias qui relaient des informations qu'ils ne maîtrisent souvent pas. Soit parce que les journalistes qui traitent ces informations sont trop jeunes et n'ont pas d'expérience en la matière. Soit parce que la plupart des grands journaux n'ont plus de bureaux ou de correspondants à l'étranger et doivent se contenter, par exemple, de ce que leur dit l'administration américaine sur la Turquie ou la Russie, et donc leurs analyses sont forcément biaisées. Benjamin Rhodes, le conseiller en communication de Barack Obama, l'a d'ailleurs reconnu auprès du New York Times.

La conclusion de Graham Summers est implacable, les élites ne peuvent plus anticiper, car elles ne sont plus capables de rester impartiales. Que l'on soit d'accord ou non, voilà encore un excellent sujet de débat.

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