Jan Jambon, ce drôle de bonhomme

05/08/15 à 15:31 - Mise à jour à 15:31

Source: Trends-Tendances

Le ministre de l'Intérieur est un homme-clé du gouvernement fédéral. Parce qu'il est le leader du principal parti, la N-VA mais aussi, et c'est moins connu, parce que son tempérament débonnaire permet régulièrement de désamorcer les situations les plus tendues.

Jan Jambon, ce drôle de bonhomme

Le vice-Premier ministre N-VA a travaillé 23 ans dans le privé avant d'entrer en politique. © REUTERS/Thierry Roge

Peut-on être ministre de l'Intérieur et drôle? Oui, répondront ceux qui ont côtoyé Jan Jambon. Le mandataire nationaliste ne correspond pas vraiment à l'image rigide et austère qui colle à sa fonction actuelle. "Il m'a vraiment surpris lors de sa venue au Cercle de Wallonie au printemps dernier, confie Pierre Rion, business angel et président dudit Cercle. J'ai découvert un homme éminemment sympathique, affable, bon enfant." Il est "positivement débonnaire", ajoute son désormais collègue, le ministre du Budget Hervé Jamar (MR).

Ce profil fait assurément du bien au sein du conseil des ministres et plus encore du kern, où l'on retrouve plutôt des "poissons froids". "Même dans les moments de tension, Jan ne se départit pas de cette attitude, poursuit Hervé Jamar. Il lance une blague ou un petit clin d'oeil pour dédramatiser la situation. Avec lui, on a encore eu droit à quelques fous rires durant le dernier conclave." Et comme l'homme a le rire franc et communicatif...

Un homme d'affaires en politique

Jan Jambon a connu un parcours politique pour le moins atypique. Après ses études d'informatique à la VUB, il a travaillé 23 ans dans le privé (IBM, SD Worx et Bank Card Company) avant de se présenter pour la première fois à une élection, au scrutin communal de 2006 à Brasschaat dans la province d'Anvers. Il occupe la deuxième place sur la liste du cartel CD&V/N-VA et est d'emblée propulsé comme échevin. Il a alors 47 ans, un âge où l'on n'a plus le temps de faire ses classes. "Pour moi, ça reste un homme d'affaires qui fait de la politique, ça le distingue de la plupart de ses collègues", analyse Pierre Rion.

Son ascension est très rapide. Six mois après sa première élection, il devient député fédéral (sur une liste où Inge Vervotte récolte alors trois fois plus de voix que Bart De Wever...) et quand le cartel explose, il prend la tête du groupe N-VA à la Chambre. Et là, Jan Jambon surprend son monde. Il mène ses troupes dans une opposition plutôt constructive, respectueuse des us et coutumes parlementaires et très assidue dans les réunions de commission. La stratégie de la respectabilité. "Son côté flamingant, on ne le sentait pas, confie-t-on dans un état-major francophone. Il nous parlait toujours en français, très poli et convivial."

Son attitude n'a pas bougé d'un iota en devenant vice-Premier ministre. Les députés de l'opposition classent volontiers Jan Jambon parmi les ministres les plus enclins à accepter des auditions ou un avis du Conseil d'Etat. Ils laissent à d'autres le soin de chercher le passage en force. Bon, ne faisons pas d'angélisme non plus: quand des dockers anversois sèment la pagaille dans une manifestation bruxelloise, Jan Jambon exploite politiquement l'affaire pour attaquer les syndicats et le PS, à travers la personne du bourgmestre socialiste de la Ville de Bruxelles, Yvan Mayeur. "Mais quand un rapport de l'administration a complètement dédouané ce dernier, il l'a reconnu très vite, sans s'entêter dans son erreur", précise une source socialiste. Toujours ce souci de correction et de respectabilité.

"Ça fait partie du job de ministre"

De manière peut-être paradoxale, Jan Jambon semble tenir plus que tout au respect des institutions et des rôles des uns et des autres, dans un Etat belge dont il souhaite pourtant toujours la désintégration à terme. "L'indépendance de la Flandre reste notre objectif, c'est d'ailleurs toujours le premier article de notre parti", déclarait-il en juin à l'hebdomadaire gratuit De Zondag. Mais il précise dans la foulée être désormais "lié à un contrat de loyauté entre quatre partis" et que ce contrat prévoit un stop communautaire durant la législature. Ne comptez pas sur le ministre de l'Intérieur pour y planter un coup de canif, en évoquant par exemple le passage à une monarchie protocolaire.

Ne comptez pas non plus sur lui pour tenter un coup symbolique lors de la fête nationale belge. Au contraire, il a insisté pour que les policiers défilent en dépit des réticences syndicales et il a assisté consciencieusement aux cérémonies depuis la tribune royale. "Ça fait partie de mon job de ministre de l'Intérieur, résume-t-il simplement dans Het Laastste Nieuws. C'est peut-être inhabituel pour nous. Mais je peux aussi m'imaginer que pour les 'belgicistes', ce n'est pas très agréable de voir le Roi assis entre Steven Vandeput (ministre de la Défense) et moi, deux nationalistes flamands notoires." Et d'ajouter, un brin malicieux, qu'il aimerait avoir un jour une discussion "d'homme à homme et non de Roi à ministre" avec Philippe.

Il assume donc le job et montre une parfaite loyauté envers la coalition et son Premier ministre francophone. "Deux choses m'ont frappé lors de son discours au Cercle de Wallonie, reprend Pierre Rion. D'abord, il n'a pas égratigné le moindre de ses collègues et, au contraire, il a eu un bon mot pour chacun. Je vous assure, ce n'est pas si fréquent... Ensuite, il a montré un énorme respect pour ses administrés, pour les policiers et les pompiers. Il défend sincèrement ses troupes."

L'ombre de la collaboration

Jan Jambon peut donc être un homme drôle et correct. Cela rend-il le politicien parfaitement respectable pour autant? La réponse devient ici plus délicate. Le vice-Premier ministre a en effet assisté et même pris la parole lors de réunions d'anciens collaborateurs au Sint-Maartensfonds. Cela lui a valu un tir groupé des élus francophones lors de l'installation du gouvernement Michel, semant le doute jusque dans les rangs du MR.

Sa défense: l'affaire remonte à 2001, à une époque où il n'était même pas conseiller communal. "Je m'exprimais comme responsable du Vlaamse Volksbeweging (VVB), a-t-il expliqué à La Libre. J'y allais pour mobiliser contre les accords institutionnels du Lambermont. Nous sommes allés dans tous les cercles nationalistes de gauche comme de droite." Il ne renie rien mais ne le referait pas aujourd'hui car, dit-il, "comme ministre, il faut parfois s'abstenir de faire des choses que l'on peut se permettre de faire avant d'être nommé". Toujours le respect de la fonction...

Il assure n'avoir jamais, au grand jamais, défendu la collaboration qu'il considère comme "une erreur". Mais cela ne l'empêche pas de rester membre du VVB, cercle qui accueille aussi des nostalgiques de l'Allemagne nazie. "Le VVB réunit des gens autour d'un seul objectif : l'indépendance de la Flandre, dit-il. Des gens qui viennent d'horizons très différents, de l'ultragauche à l'ultradroite."

L'explication repose en fait la question démocratiquement fondamentale du cordon sanitaire: peut-on fréquenter n'importe qui pour autant que l'on ait un objectif politique commun? Les uns répondront sans doute "Ja" et les autres "Non". Et cela confortera les édiles N-VA, dont le débonnaire Jan Jambon, dans leur thèse des "deux démocraties" qui cohabitent en Belgique.

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