Face au tollé, le patron de PSA renonce à 21 millions d'euros de retraite

28/11/13 à 07:24 - Mise à jour à 07:24

Source: Trends-Tendances

Le patron sortant du groupe automobile français PSA, Philippe Varin, a renoncé mercredi à une retraite spéciale de 21 millions d'euros, qui avait déclenché la colère du monde politique et syndical alors que le constructeur est toujours en difficultés.

Face au tollé, le patron de PSA renonce à 21 millions d'euros de retraite

© reuters

"J'ai décidé de renoncer aux dispositions actuelles de mes droits à retraite", a déclaré M. Varin lors d'un point-presse au siège de PSA, qui a récemment supprimé des milliers d'emplois et procédé à une vaste restructuration.

Dans la journée, la somme de 21 millions d'euros qu'il devait toucher progressivement tout au long de sa retraite avait été qualifiée d'"inappropriée" et d'"inadmissible" par les ministres de l'Economie, Pierre Moscovici, et du Redressement Productif, Arnaud Montebourg.

L'affaire avait suscité aussi un tollé chez les syndicats, l'ire de la gauche au pouvoir et également d'une partie de l'opposition de droite.

Selon un document du premier groupe automobile français, publié en mars, le constructeur automobile s'était engagé à verser une "retraite-chapeau" de 20,968 millions d'euros à Philippe Varin, 61 ans, qui laissera courant 2014 son fauteuil à l'ex-numéro deux du rival Renault, Carlos Tavares.

Une "retraite-chapeau" est une retraite "sur-complémentaire" financée uniquement par l'entreprise.

"Je ne toucherai aucune indemnité de départ"

"Je comprends bien que les chiffres qui circulent depuis hier à propos de ma retraite complémentaire suscitent autant de réactions. Mais ils reposent sur des idées fausses", avait réagi dans la matinée Philippe Varin. "A mon départ du groupe, le moment venu, je ne toucherai aucune indemnité de départ", avait-il aussi assuré à la radio France Info, tout en reconnaissant que sa retraite complémentaire avoisinerait les "300.000 euros net annuel".

Pour cette "retraite-chapeau", PSA, qui emploie quelque 209.000 salariés dans le monde, avait provisionné près de 21 millions d'euros.

L'énormité de la somme a choqué en France où des manifestations sectorielles sont organisées depuis l'été quasiment chaque semaine, ici contre de nouvelles taxes, là contre des fermetures d'usines ou des restructurations.

Mercredi matin, plusieurs radios avaient multiplié les divisions pour savoir combien ces 21 millions d'euros représentaient d'emplois au salaire minimum, ou encore quelle augmentation cela aurait pu faire pour tous les salariés de l'entreprise.

"1500 années de travail pour un salarié de PSA"

"Bien sûr que c'est choquant, bien sûr qu'il devrait y renoncer", avait estimé sur la chaîne de télévision LCI Jean-Pierre Mercier, délégué syndical à l'usine d'Aulnay, près de Paris, en cours de fermeture.

"Devant l'indécence de cette somme", qui "représente 1.500 années de travail pour un salarié de PSA au Smic" (salaire minimum en France), le député socialiste Yann Galut avait demandé à Philippe Varin d'y renoncer. En menaçant de saisir le Parlement s'il n'était pas entendu.

Considérant que cette indemnité "peut légitimement créer un sentiment d'injustice chez les salariés, notamment ceux de Peugeot qui ont vécu la suppression de plus de 8.000 postes l'année dernière", un autre député PS, Thomas Thévenoud, avait lui aussi jugé que "le législateur ne pourra pas se désintéresser éternellement de ces rémunérations excessives, à l'heure où chacun est appelé à faire des efforts".

Les organisations patronales Medef et Afep ont salué la "décision courageuse" et le "sens de la responsabilité" du patron de PSA, jugeant qu'elle était "la démonstration de l'efficacité de l'autorégulation instaurée par le code" de gouvernance mis en place par le patronat.

Face à la crise profonde que traverse PSA, Philippe Varin avait renoncé en février dernier à la part variable de sa rémunération pour l'année 2012, décision également prise au titre de l'exercice 2011. Il avait mercredi, dans un premier temps, indiqué s'en remettre au jugement du Haut-Comité de gouvernement d'entreprise, une instance déontologique autonome du patronat qui s'est auto-saisie du dossier.

La polémique suscitée sur le cas Varin n'était pas une première en France ou des "retraites-chapeau" chez le banquier Dexia (2013), le distributeur Carrefour (2012) ou l'industriel du bâtiment Vinci (2011) avaient aussi été vivement critiquées en leur temps.

En savoir plus sur:

Nos partenaires