Dexia : une "prime à la mauvaise gestion" ?

02/05/12 à 06:34 - Mise à jour à 06:34

Source: Trends-Tendances

L'Etat belge voudrait accélérer les changements chez Dexia et notamment voir partir son CEO, Pierre Mariani, plus vite que prévu. Problème : celui-ci repartirait avec un parachute doré de 1,2 million d'euros. Inacceptable pour les politiques belges indignés... et ce n'est pas la réponse de Pierre Mariani qui devrait les satisfaire.

Dexia : une "prime à la mauvaise gestion" ?

© Reuters

Dexia : prime de 1,2 million d'euros pour le départ de Pierre Mariani

L'administrateur délégué de Dexia serait prêt à quitter son poste mais pas sans une prime de départ de 1,2 million d'euros, écrit mercredi L'Echo. Soit salaire annuel (1 million d'euros) additionné de sa prime de fonction annuelle (200.000 euros).

En cause : la volonté du gouvernement fédéral d'accélérer les choses chez Dexia. Indice majeur : la nomination de Karel De Boeck comme administrateur. Celui-ci pourrait ensuite être nommé président du conseil en remplacement de Jean-Luc Dehaene avant de devenir, dans une troisième phase, administrateur délégué en remplacement du Français Pierre Mariani.

Le gouvernement belge n'est évidemment guère enthousiaste à l'idée d'accorder une telle prime vu la situation du groupe. Mais le contrat de Pierre Mariani prévoit qu'il a droit à cette prime si son contrat, qui se termine en 2013, s'achève de manière anticipative.

Dexia : "pas de parachute doré" (Di Rupo), "indécent" (Vienne), "incompréhensible" (Ecolo)

"Certes, il faut en discuter avec les autorités françaises, aussi actionnaires. Mais ma position est claire : pas de parachute doré!", assène le Premier ministre Elio Di Rupo sur Twitter. Son cabinet a précisé qu'il n'y aura pas d'autre commentaire de sa part.

#ceoDexia Certes, il faut en discuter avec les autorités françaises, aussi actionnaires. Mais ma position est claire: pas de parachute doré!

-- Elio Di Rupo (@eliodirupo) May 2, 2012

Le choix des mots est d'autant plus important ici : le Premier ministre parle de "sa position", non d'une option juridique ou d'une décision politique claire. Elio Di Rupo peut, en outre, d'autant plus parler en son nom propre que la nomination de Pierre Mariani et de Jean-Luc Dehaene à la tête de Dexia date officiellement du 7 octobre 2008 (si l'on en croit le rapport annuel du holding), plus de trois ans avant l'arrivée du socialiste au poste de Premier ministre.

Pour Christiane Vienne, députée PS et membre de la commission spéciale Dexia, cette prime est "un sommet d'indécence". Dexia a été renflouée par le gouvernement avec des dizaines de milliards d'euros de garanties, s'insurge-t-elle : Pierre Mariani "n'a pas encore compris que l'époque des grosses rémunérations est révolue. Les Etats belge et français doivent faire des efforts de créativité pour casser le contrat."

Les députés Ecolo et Groen, parmi lesquels Muriel Gerkens et Georges Gilkinet, ont également réagi. Pour eux, à l'heure où le gouverneur de la Banque nationale laisse entendre qu'une nouvelle recapitalisation du holding sera inévitable, "il serait incompréhensible que Pierre Mariani puisse bénéficier d'une telle prime à la mauvaise gestion".

Le gouvernement fédéral doit profiter de l'occasion "pour démontrer une volonté et une capacité de remettre effectivement la finance au pas et au service de l'économie", disent les Verts qui demandent "que tout soit mis en oeuvre afin d'éviter le paiement de ce parachute doré".

Dexia : "Si Pierre Mariani prend le large, ce doit être sans parachute !" (cdH)

Catherine Fonck, présidente du groupe cdH de la Chambre, et le député Joseph George, membre de la commission Dexia, se disent, dans un communiqué, "choqués d'apprendre qu'il est envisagé de verser un parachute doré de 1,2 million d'euros à Pierre Mariani en cas de départ de son poste d'administrateur délégué de Dexia".

Pour les parlementaires humanistes, ce montant est doublement révoltant : "Oser parler d'une telle somme est déjà hallucinant en temps normal, mais en plus, le faire alors qu'il est question d'une possible recapitalisation du holding ! N'est-ce pas l'arbre qui cache la forêt ?"

Au nom du groupe cdH, ils demandent au gouvernement "de réexaminer l'ensemble des contrats prévoyant des parachutes dorés pour les dirigeants des entreprises publiques et les entreprises dans lesquelles l'Etat est actionnaire majoritaire".

Dexia : Mariani dit n'avoir formulé "aucune demande" sur les conditions de son départ

Dans une réaction, Pierre Mariani affirme n'avoir "formulé aucune demande aux Etats belge et français quant aux conditions de son départ éventuel" et précise que son mandat d'administrateur délégué et celui du président du conseil d'administration, à savoir l'ancien Premier ministre Jean-Luc Dehaene, "sont à la disposition du conseil d'administration comme cela a été indiqué en octobre dernier".

Le patron de Dexia précise encore qu'"aucune décision relative au remplacement de l'administrateur délégué et du président du conseil d'administration n'a été prise à ce jour. En tout état de cause, cette décision nécessite l'accord préalable des Etats garants."

En répondant ainsi à l'information diffusée Le patron de Dexia ne semble pas tout à fait contredire les propos du quotidien L'Echo.

Primo, Pierre Mariani n'a pas eu à "formuler de demande" spécifique dans la mesure où les conditions d'un départ anticipé sont, selon le quotidien économique, inscrites dans son contrat.

Secundo, le fait que son mandat, ainsi que celui du président Dehaene, soient "à la disposition du conseil d'administration" paraît relativement naturel et ne dit rien, de prime abord, d'une éventuelle prime de départ.

Tertio, "aucune décision relative" quant à son remplacement "n'a été prise à ce jour" ? Cela ne contredit pas les propos de L'Echo, qui parle d'une "volonté" du gouvernement belge. Elio Di Rupo n'a d'ailleurs rien dit d'autre en parlant de sa "position" sur ce sujet.

Quarto, Pierre Mariani confirme le propos du Premier ministre - et l'évidence - en assurant que "cette décision nécessite l'accord préalable des Etats garants". Ce qui n'enlève rien, a priori, à la véridicité de l'information publiée aujourd'hui.

V.D., avec Belga

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