Christine Lagarde placée sous statut de témoin assisté

25/05/13 à 10:09 - Mise à jour à 10:09

Source: Trends-Tendances

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a été placée vendredi, à l'issue de deux jours d'auditions à Paris, sous le statut de témoin assisté dans une enquête sur un arbitrage contesté remontant à l'époque où elle était ministre de l'Economie.

Christine Lagarde placée sous statut de témoin assisté

© EPA

Mme Lagarde a elle-même annoncé à la presse la décision de la Cour de justice de la République, instance compétente pour juger les infractions commises des ministres dans l'exercice de leurs fonctions.

"Mon statut de témoin assisté n'est pas une surprise pour moi, puisque j'ai toujours agi dans l'intérêt de l'Etat et conformément à la loi", a déclaré Mme Lagarde.

Le statut de témoin assisté est intermédiaire entre celui de témoin et celui d'inculpé. Il permet d'éviter l'opprobre que constitue la mise en examen, c'est-à-dire l'inculpation. Ll suppose cependant que l'intéressé soit visé par les poursuites.

La position de témoin assisté est moins incriminante que celle d'inculpé, puisque peut être entendue sous ce statut toute personne "contre laquelle il existe des indices rendant vraisemblable qu'elle ait pu participer, comme auteur ou complice, à la commission des infractions".

Mme Lagarde, ministre de l'Economie de 2007 à 2011 pendant la présidence de Nicolas Sarkozy, a été entendue pendant près de 24 heures en deux jours par la Cour de justice de République sur son rôle dans la décision de s'en remettre à un tribunal arbitral qui a octroyé 403 millions d'euros, intérêts compris, à l'homme d'affaires français Bernard Tapie en 2008.

L'arbitrage visait à solder un vieux contentieux entre M. Tapie et la banque Crédit Lyonnais concernant le rachat de l'équipementier sportif Adidas. "Mes explications ont permis d'apporter une réponse aux doutes qui avaient été soulevés concernant les décisions que j'avais prises à l'époque", a déclaré Mme Lagarde à la presse.

"Il est temps maintenant pour moi de rentrer à Washington poursuivre ma mission à la tête du FMI et rendre compte à mon conseil d'administration", a-t-elle ajouté.

Le FMI a rapidement réagi. Le conseil d'administration du Fonds, qui représente les 188 Etats membres, "a été tenu informé de cette affaire à plusieurs reprises et a exprimé à chaque fois sa confiance dans la capacité de la directrice générale de s'acquitter efficacement de ses fonctions", a indiqué l'institution dans un communiqué.

"Le conseil d'administration sera de nouveau tenu informé de son évolution dans les prochains jours", a ajouté le FMI. Celui-ci évoquera "dans les prochains jours" la situation de sa directrice générale. "Elle est focalisée sur sa mission. Elle a promis qu'elle serait là pour cinq ans et elle est déterminée à aller jusqu'au bout de son mandat", avait confié un membre de l'entourage de Mme Lagarde cette semaine, avant la décision des magistrats de la CJR.

Les magistrats de la Cour de justice de la République pouvaient à l'issue de l'audition placer Mme Lagarde sous le statut de témoin assisté ou l'inculper de "complicité de faux et de détournement de fonds publics".

Une inculpation aurait considérablement fragilisé la position de celle qui a succédé en juillet 2011 à la tête du FMI à son compatriote Dominique Strauss-Kahn, contraint à la démission après le scandale sexuel du Sofitel à New York.

La directrice générale du FMI s'était présentée vendredi à cette seconde journée d'audition forte du soutien de son conseil d'administration et de celui du Premier ministre de l'époque, François Fillon.

En septembre 2008, Christine Lagarde s'était déjà longuement expliquée sur le recours à un tribunal arbitral qui a condamné le Consortium de réalisation (CDR), structure publique gérant le passif du Crédit lyonnais après sa quasi-faillite des années 1990, à verser à M. Tapie 285 millions d'euros d'indemnités (400 millions avec les intérêts).

L'ancienne ministre a toujours justifié l'arbitrage par la volonté de mettre fin à une procédure longue et coûteuse. Elle avait démenti avoir agi sur ordre de Nicolas Sarkozy, qui aurait voulu ainsi obtenir le soutien de Bernard Tapie, ex-ministre de gauche dans les années 1990 et ex-président du club de football de Marseille, champion d'Europe en 1993.

Mais son choix a été largement contesté, et au printemps 2011 le procureur général de la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, n'avait pas épargné Mme Lagarde lors de la saisie de la Cour de justice de la République.

Il lui reprochait notamment d'avoir recouru à un arbitrage privé alors qu'il s'agissait de deniers publics, d'avoir eu connaissance de la partialité de certains juges arbitres et d'avoir fait modifier le protocole initial pour y intégrer la notion de préjudice moral, ce qui avait permis aux époux Tapie de toucher 45 millions d'euros.

Mercredi, le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, a déclaré que le gouvernement envisageait un recours contre la décision d'arbitrage, en fonction des développements de l'enquête.

Mais l'hypothèse d'un remboursement par Bernard Tapie est "irréaliste", a jugé l'homme d'affaires, qui a répété dans un entretien au quotidien Le Parisien qu'à ses yeux la décision arbitrale ne pourrait "pas être remise en cause".

Parallèlement, le rôle d'autres personnalités - hauts fonctionnaires, membres des cabinets ministériels - dans l'arbitrage est au coeur d'une enquête conduite par trois juges d'instruction à Paris.

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