A la fin de son procès, la patronne du FMI "assume" et réprime un sanglot

16/12/16 à 14:54 - Mise à jour à 14:54

Source: Afp

Elle "assume" tout mais refuse de payer pour une fraude que personne n'a vu venir: la patronne du FMI Christine Lagarde s'est défendue vendredi, au terme de son procès en France, d'avoir permis "par négligence" un énorme détournement de fonds publics quand elle était ministre de l'Economie.

A la fin de son procès, la patronne du FMI "assume" et réprime un sanglot

© Reuters

"J'ai décidé et j'assume mes décisions" mais "j'ai agi (...) avec pour seul objectif la défense de l'intérêt général", a insisté à la barre Christine Lagarde, qui prenait pour la dernière fois la parole au cours de ce procès devant la Cour de justice de la République (CJR).

Cette juridiction d'exception mi-politique, mi-judiciaire, spécialement créée pour juger ministres et ex-ministres pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions, rendra son verdict lundi à 14H00 GMT.

La directrice générale du Fonds monétaire international risque jusqu'à un an de prison et 15.000 euros d'amende. Le parquet a requis sa relaxe.

Christine Lagarde, 60 ans, est jugée depuis lundi à Paris pour "négligence" dans sa gestion du règlement d'un conflit entre l'homme d'affaires Bernard Tapie et l'ancienne banque publique Crédit Lyonnais.

M. Tapie reprochait à la banque de l'avoir roulé en lui achetant l'équipementier sportif Adidas pour 315,5 millions d'euros en février 1993, pour le revendre plus de deux fois plus cher en 1994.

Pour mettre fin à ce contentieux judiciaire tentaculaire, le ministère de l'Économie et des Finances avait permis en 2007 un arbitrage privé qui, l'année suivante, avait accordé à M. Tapie plus de 404 millions d'euros, pris sur les deniers publics. Cette décision a été annulée l'année dernière, la justice estimant qu'elle était entachée de fraude.

En 2007 et 2008, lorsque se noue l'arbitrage frauduleux, Christine Lagarde, alors ministre sous le mandat du président de droite Nicolas Sarkozy, jure à la barre n'avoir "jamais" eu de "mise en garde", "d'aucune sorte", sur de possibles malversations.

'Le risque de fraude m'a échappé'

"Le risque de la fraude m'a totalement échappé", ajoute-t-elle, se référant parfois à un texte imprimé.

Sa voix s'étrangle, brièvement, quand elle dit, dans un sanglot réprimé : "Ces cinq jours d'audience mettent fin à cinq années d'épreuve pour mon compagnon, mes fils, mes frères qui sont là dans la salle".

Au début du procès, Mme Lagarde s'était décrite en ministre préoccupée à l'époque des grandes questions "macroéconomiques" et "internationales", confrontée aux débuts d'une crise financière majeure, à la tête d'un ministère "gigantesque".

"Cette histoire d'arbitrage n'est pas une priorité" à ce moment-là, avait-elle souligné.

Vendredi, elle répète avoir "agi en confiance et en conscience avec pour seul objectif la défense de l'intérêt général", reprenant l'un de ses leitmotiv au procès, préparé avec des communicants.

"En conscience" c'est-à-dire avec bonne foi. "En confiance", c'est une allusion à peine voilée à son ancien directeur de cabinet Stéphane Richard, qui aurait poussé pour régler par l'arbitrage plutôt que devant les tribunaux un vieux conflit entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais.

Mis en examen, avec cinq autres personnes dont l'homme d'affaires, dans une procédure parallèle, Stéphane Richard a refusé de témoigner, au nom des droits de la défense.

L'avocat de Christine Lagarde, Me Patrick Maisonneuve a redit vendredi qu'il ne s'agissait pas de juger une "posture politique" mais une "responsabilité pénale", selon lui pas engagée.

Il revient sur le point délicat pour l'ancienne ministre : sa décision rapide en juillet 2008 de ne pas faire de recours contre un arbitrage très défavorable, reconnaissant à l'homme d'affaires un pharaonique "préjudice moral".

A l'époque cela ne provoque pas un "émoi considérable", ni dans la presse ni au Parlement, constate l'avocat.

Et de démonter l'un des témoignages à charge du procès, celui de Bruno Bézard, ancien haut fonctionnaire du ministère des Finances, dont les avertissements sur les dangers de l'arbitrage n'ont pas été suivis.

"S'il pense Monsieur-qui-a-toujours-raison que la situation est d'une telle gravité, pourquoi il ne fait pas quelques mètres pour rencontrer la ministre ?", interroge l'avocat.

Depuis sa création en 1993, la CJR a condamné trois membres du gouvernement. Début décembre, dans un autre cadre judiciaire, la justice française a condamné à de la prison ferme l'ex-ministre du Budget du président socialiste François Hollande, Jérôme Cahuzac, pour fraude fiscale et blanchiment.

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