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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

10/01/12 à 09:20 - Mise à jour à 09:20

Payer pour détenir de la dette allemande

Incroyable mais vrai, les investisseurs payent pour détenir de la dette allemande. C'est le journal français Les Echos qui a attiré mon attention sur ce tour de force historique : l'Allemagne est arrivée à gagner de l'argent en émettant de la dette et pas plus tard que ce lundi 9 janvier !

Incroyable mais vrai, les investisseurs payent pour détenir de la dette allemande. C'est le journal français Les Echos qui a attiré mon attention sur ce tour de force historique : l'Allemagne est arrivée à gagner de l'argent en émettant de la dette et pas plus tard que ce lundi 9 janvier !

Pour la première fois, les investisseurs ne vont pas recevoir un intérêt sur leur placement, mais au contraire payer une prime à l'émetteur. Eh oui, le taux d'intérêt réel payé par les investisseurs est négatif, de peu certes - 0,0122% - mais négatif tout de même, ce qui démontre une fois de plus l'amour fou des investisseurs pour la dette allemande.

Le plus drôle, c'est que l'agence chargée de gérer la dette allemande assure qu'elle n'est pas surprise par un tel résultat. Et de fait, les investisseurs sont aujourd'hui tellement frileux qu'ils pensent d'abord à "récupérer leur argent", plutôt qu'à "un retour sur investissement".

Tout cela est vrai, mais tout de même : en arriver à payer un intérêt négatif pour acheter de la dette même allemande, c'est fou. On a l'impression que le monde tourne sur sa tête. Mais mettez-vous à la place d'un important investisseur : où peut-il mettre son argent à l'abri aujourd'hui ? Les actions ? Autant oublier : non seulement, elles ont plongé, mais leur avenir paraît toujours aussi incertain et les nouvelles réglementations limitent leurs achats pour les gros investisseurs financiers.

Alors, l'immobilier, direz-vous ? Ses prix ont grimpé ces dernières années, mais les ajustements sont en marche - et dans certains pays, on parle aussi d'une bulle de l'immobilier qui pourrait exploser à tout moment. Reste encore l'or ? Pour un particulier, oui, c'est quelque chose d'envisageable, mais pas pour un investisseur institutionnel : le marché de l'or est trop étroit, autrement dit, trop petit pour en acheter en quantité suffisante sans faire augmenter les prix. Que penser alors des obligations d'entreprises ? Là encore, le journal Les Echos confirme que ce marché est trop étroit. Et donc, vous avez deviné : il ne reste plus alors que les obligations d'Etat, seul marché encore assez vaste pour étancher cette soif de placements. En quelque sorte, le marché obligataire est devenu obligatoire ! Voilà pourquoi l'Allemagne en profite, car sa signature est considérée comme la meilleure du marché. Au point que les investisseurs paient un intérêt négatif pour avoir cette signature.

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