Philippe Ledent
Philippe Ledent
L'opinion de Philippe Ledent, senior economist chez ING Belgique, chargé de cours à l'UCL.
Opinion

25/08/10 à 15:18 - Mise à jour à 15:18

Parfum de rentrée

Qui se souvient qu'il y a trois ans, la crise financière faisait ses premières vagues et nécessitait des interventions d'urgence des principales banques centrales de la planète ?

Parfum de rentrée

© Isopix

Un anniversaire un peu particulier est presque passé inaperçu cet été. Qui se souvient en effet qu'il y a trois ans (vers le 8 août 2007...), la crise financière faisait ses premières vagues et nécessitait des interventions d'urgence des principales banques centrales de la planète ? Si ces événements ont été un peu oubliés, c'est en partie parce que cet été fut beaucoup plus calme sur le plan financier.

Malgré les défauts que l'on peut leur attribuer, les fameux stress tests ont été passés avec succès par la majorité des banques européennes. L'objectif de rendre pleinement confiance aux marchés financiers n'est peut-être pas complètement atteint, mais cette épreuve contribue sans aucun doute à stabiliser la sphère financière. Au-delà des stress tests, les banques ont surtout affiché de très bons résultats au cours du deuxième trimestre. Ceci est bénéfique non pas aux seuls actionnaires, mais à toute l'économie. La meilleure santé des banques devrait relancer la machine du crédit et les rend plus à même d'affronter les nouveaux chocs qui pourraient intervenir.

Second souffle et passage de témoin

La rentrée s'annonce en effet pleine de défis. Deux ans après la faillite de la banque Lehman Brothers (un autre anniversaire qui, on l'espère, passera inaperçu...), la planète économique est encore très loin de tourner à son rythme de croisière. Passons en revue quelques sujets brûlants de la rentrée.

Tout d'abord, le dernier trimestre de l'année s'annonce crucial pour l'économie américaine. Les derniers indicateurs économiques et du marché immobilier ont soufflé le chaud et le froid au cours des deux derniers mois. L'économie américaine est de plain-pied dans la période cruciale où les effets retardés de la crise se font encore sentir (notamment sur le pouvoir d'achat) alors même que certains pans de l'économie reprennent un rythme d'activité plus soutenu. Tout peut donc basculer d'un côté ou de l'autre, soit vers une croissance soutenue ou un retour à la récession.

Le principal défi pour l'économie américaine est de savoir sur quelle base elle peut fonder sa croissance future. Il serait très dangereux qu'elle le fasse sur le dos du crédit. On a vu ce à quoi une telle politique pouvait mener. L'excès de crédits permettant aux ménages américains de vivre au-dessus de leurs moyens a été la principale erreur des autorités politiques et monétaires après la récession de 2001-2002.

Mais alors, en l'absence de grande révolution technologique, de gains de compétitivité et d'excès de consommation, comment générer de l'activité outre-Atlantique ? Bien sûr, ce même problème se pose aux autres économies, mais compte tenu du rôle moteur des Etats-Unis pour l'économie mondiale, les yeux se tournent surtout dans cette direction. A moins justement que le moteur soit ailleurs, et qu'il faille se tourner davantage vers les pays émergents. C'est probablement là un autre défi de cette rentrée : digérer le passage lent de témoin entre les économies dites avancées et les mastodontes économiques que représentent les pays BRIC.

Endettement et devise

Le deuxième sujet brûlant de la rentrée sera le couple endettement public-devise. Même si le problème se pose aussi pour les Etats-Unis et le Royaume-Uni, on pense évidemment ici aux pays de la zone euro. Les problèmes d'endettement et de déficits sont connus, mais ils prendront une nouvelle dimension dans les prochains mois. D'abord parce que s'agissant des pays les plus en difficulté, les résultats des premières mesures d'austérité seront attendus.

Prenez l'exemple de la Grèce : la réduction annoncée du déficit en 2010 était un défi immense, bien au-delà de toute réduction de déficit qui avait été menée dans n'importe quel pays européen auparavant. Les estimations de la réduction effective du déficit, supervisées par Eurostat et le FMI, vont s'affiner dans les prochains mois. On saura alors si le plan de sauvetage des finances publiques grecques était plausible.

Mais d'autres pays, a priori moins exposés à la critique, auront aussi à relever ce défi. Très récemment, la France a par exemple dû revoir sa prévision de croissance pour 2011 à la baisse. Ceci a pour conséquence de rendre improbable la trajectoire initialement prévue de réduction du déficit. A moins évidemment de prendre de difficiles mesures d'austérité. Quelle sera la réaction sociale face à ces mesures, ou à défaut, quelle sera la réaction des marchés financiers, notamment en ce qui concerne le taux de change de l'euro, face à la non-réduction des déficits publics des pays de la zone euro ? Car dans les prochains mois et les prochaines années, je reste convaincu que la question des finances publiques sera l'élément déterminant des taux de change entre les principales devises mondiales

Contexte difficile en Belgique

Ces questions nous amènent évidemment à l'économie belge. Bien sûr, la problématique d'un nouveau souffle pour la croissance sera aussi au coeur de l'actualité économique belge. Et les problèmes d'endettement et de déficit public se posent encore de manière plus aiguë dans notre pays compte tenu du très haut degré d'endettement de l'Etat. S'agissant du budget 2011, la partie s'annonce particulièrement serrée. Ce n'est pas nouveau, mais cette fois-ci, les marchés financiers attendent la Belgique au tournant !

S'y ajouteront peu après la rentrée les négociations interprofessionnelles qui de mon point de vue ne pourront aboutir sans l'aide du prochain gouvernement. Tous ces défis devront être relevés dans un contexte politique et institutionnel difficile, qui marquera l'évolution la plus profonde de l'histoire de notre pays. Assurément, l'heure de la rentrée a sonné !

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