Plaidoyer pour le pacifisme économique
jeudi 11 mars 2010 à 00h00

Philippe Ledent, économiste chez ING Belgique et chargé de cours invité à l'UCL © Isopix
En réponse aux attaques dénigrantes du député Farage au Parlement européen, Herman Van Rompuy a eu une phrase très sobre : «Nous vivons dans une société agressive et cette violence verbale se reflète dans la politique.» L'actualité me fait penser que cette violence se reflète aussi dans l'économie. Certes, le contexte actuel n'incite pas à la sérénité : le marché de l'emploi souffre, ce qui met les nerfs de chacun à vif. Mais faut-il aller jusqu'à dénoncer la «chasse aux chômeurs» comme on parlait de «chasse aux sorcières», brûlées vives sur un bûcher ?
La fermeture d'une entreprise peut-elle être comparée à un «tsunami», tel celui qui a provoqué la mort dans des conditions atroces de près de 300.000 personnes en Asie en 2004 ? Et que dire alors des grands «criminels» que sont les banquiers, si l'on en croit les titres de différents ouvrages parus récemment, de manière opportune d'ailleurs, sur la crise financière ? Je ne les citerai pas pour ne pas en faire de publicité, mais s'y retrouvent les termes «vampires», «pourris», «pilleurs»... Et tout en haut de la pyramide du mal semble trôner l'ignoble «capitalisme financier», sorte de côté obscur de la force, de trou noir dont beaucoup parlent mais dont peu savent ce qu'il renferme. Peu importe selon eux, la lutte doit s'engager au plus vite contre cette incarnation du mal.
Ce ne sont que des abus de langage me rétorquera-t-on, mais ils laissent entendre que le temps du conflit, de la démonstration de force et peut-être bien de la lutte des classes serait revenu. Outre l'animosité que des propos incendiaires génèrent dans notre société, outre le regard biaisé sur les réalités économiques qu'offrent de tels propos, il me semble qu'entrer dans une logique de conflit est la dernière chose dont l'économie belge a besoin actuellement.
Un pacte plutôt qu'une lutte
Plutôt que de s'embarquer dans une telle logique, ne faudrait-il pas que les partenaires (mais sont-ils encore partenaires ou ennemis ?) sociaux se serrent les coudes ? Récemment, la vice-Première ministre Onkelinx a proposé la négociation d'un nouveau pacte social, de même ampleur que celui de 1944. Petit retour en arrière : l'idée de l'époque était d'assurer un climat social stable dans la période de reconstruction du pays, de manière à laisser l'activité se développer ET à en faire profiter les travailleurs. L'objectif était donc de créer un cadre, un ensemble de règles du jeu stables, nouant les relations entre les partenaires sociaux. Les questions qui se posaient à l'époque étaient probablement très différentes de celles d'aujourd'hui. Le contexte économique et les contraintes ont changé. Mais imaginons que les questions des statuts sociaux, de la formation, de la compétitivité et du partage de la valeur ajoutée soient abordées de manière globale et durable, de manière à assurer une paix sociale pour longtemps. Ne serait-ce pas une avancée majeure ? Pour qu'un nouveau pacte soit un succès, plusieurs conditions sont néanmoins nécessaires :
1. Une telle négociation suppose qu'il y ait une certaine confiance entre les partenaires, une sorte d'a priori positif. L'idée n'est donc pas que chacune des parties vienne avec ses propres revendications et lutte (!) pour en obtenir le plus de l'autre partie. Au contraire, la négociation doit s'entamer sur base d'un objectif commun. Cela suppose d'abandonner une partie des revendications particulières.
2. L'objectif commun doit porter sur le long terme, car c'est le seul gage de crédibilité et de stabilité. Un objectif de long terme donne des perspectives aux entreprises. Lorsque, au contraire, comme ce fut le cas dans le domaine fiscal avec les intérêts notionnels, des mesures sont sans cesse remises en cause, il est difficile pour une entreprise de se positionner de manière stable, et il est difficile d'attirer des entreprises étrangères. Mais des «règles du jeu» stables sont aussi à l'avantage des travailleurs, car cela leur permet de faire des projets et leur donne confiance, ce qui est essentiel au fonctionnement de notre économie.
3. Le pacte social doit enfin engager les partenaires sociaux à une obligation de résultat. Une telle négociation ne peut donc pas avoir lieu dans les mêmes conditions que celles des accords interprofessionnels sur les hausses salariales. En cas d'échec de ces dernières, c'est le gouvernement qui tranche... et qui parfois finance l'accord, comme en 2008. Dans le cadre d'un pacte, les partenaires sociaux doivent prendre leurs responsabilités : l'Etat peut supporter un accord, mais en cas d'échec des partenaires, cela doit rester un échec dont la responsabilité leur incombe.
La situation le nécessite
Un nouveau pacte social, dans les conditions décrites ci-dessus, est à mon sens une bonne idée, et même indispensable. Car les prochains mois vont être cruciaux. Les fondements de la reprise économique n'ont heureusement pas disparu, mais ils s'essoufflent déjà. Au-delà de l'impulsion d'activité créée par les pays émergents, au-delà des dépenses gouvernementales, des orientations claires de politique économique seront nécessaires. Elles concernent tant le plan européen et la question grecque (mais aussi d'une manière générale celle des finances publiques) que le plan national. Mais tout ceci ne peut fonctionner sans un climat social serein. La situation en Grèce nous le rappelle tous les jours : un plan d'assainissement, corrigeant les excès du passé, est prêt et supportéà l'échelon international. Mais que représente-t-il s'il est source de conflits internes ?
Réactions
Pour obtenir cela, il faut que chacun s'y retrouve. L'équité doit règner et non les astuces et les truquages. Il faut aussi qu'il y ait un intérêt commun et des moyens équitables pour y arriver. Il ne faut pas qu'une partie travaille et paie pour l'autre partie qui se trouve bien sans emploi déclaré. Il faut trouver un système qui encourage le travail et la création de richesse. Actuellement, c'est l'inverse. Les seuls qui se créent de la richesse, ce sont les financiers et les politiciens. Ensuite, il y a les "incontournables" : syndicats, mutuelles, services publics, ONG, Fondations, Multinationales, etc.
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