Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

25/10/11 à 09:53 - Mise à jour à 09:53

On ne gouverne pas avec des sondages

La crise aidant les positions de la population se durcissent. C'est le cas, par exemple, sur la question du chômage. Comme chacun le sait dans le cadre de la formation du futur gouvernement, il est question de rendre dégressive les allocations de chômage. Comme toujours, dans ces cas là, il y a un sondage qui tombe à point.

Dans le cas présent, ce sont 1000 belges qui ont été interrogés et leur conclusion est simple : 50% d'entre eux jugent les allocations de chômage trop élevées, et près de 80% d'entre eux sont en faveur d'allocations dégressives dans le temps et pour des sanctions à l'égard de ceux qui ne cherchent pas activement un emploi ! Deux tiers des Belges sondés demandent même qu'un chômeur soit obligé d'accepter n'importe quel job au bout d'un an sans travail.

Premier commentaire, il s'agit d'un sondage effectué auprès de personnes qui ne sont pas au chômage et qui ne craignent visiblement pas de tomber sans emploi, d'où parfois la dureté des résultats. En revanche, ces mêmes personnes lorsqu'on les interroge sur les prépensions et leur éventuelle suppression sont infiniment plus nuancées. Idem quand on évoque l'augmentation de l'âge de départ à la retraire. La différence d'attitude vient sans doute du fait que si les sondés ne sont pas pour la plupart passés par une période de chômage, ces sondés sont en revanche concernés par la pension qui les touche tous.

Et donc, des mesures comme la suppression pure et simple des prépensions ne passe pas la rampe. Ils préfèrent que le gouvernement opte pour des pistes plus souples ou plus douces. Ce qui prouve une fois de plus la difficulté de gouverner un pays, une chose bien connue des politologues. La population est généralement d'accord pour des réformes structurelles et pour des efforts, mais tant que ces réformes ne concernent que les autres !!

En ce qui concerne, la dégressivité des allocations de chômage, bien entendu qu'il existe des abus et qu'il faut les réprimer. Mais comme le rappelle à juste titre le journal L'Echo, les allocations chômage sont déjà dégressives en Belgique - et garder à l'esprit que le montant moyen d'une allocation de chômage était de 874 euros en 2010, alors que le seuil de pauvreté en Belgique est fixé à 973 euros par mois pour un isolé. Sans compter qu'une partie des chômeurs ne trouvent pas d'emploi, non pas par manque de volonté mais par inadéquation de leur formation par rapport à ce que demandent les entreprises. La dégressivité ne changera donc rien à cet état de fait. De plus, en période de crise, les entreprises créent peu d'emplois, et donc, le risque est de jeter ces chômeurs au CPAS, çàd à charge des contribuables. Bref, entre un sondage à chaud et la réalité de la vie économique, il y a loin de la coupe aux lèvres.

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