Frédéric Van Vlodorp
Frédéric Van Vlodorp
Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Frédéric Van Vlodorp, rédacteur en chef de Trends-Tendances.
Opinion

21/12/11 à 16:19 - Mise à jour à 16:19

Moody's, bouclier pour Di Rupo ?

L'approche de la trêve des confiseurs n'a pas épargné Elio Di Rupo et ses pairs dont la position est inconfortable...

Moody's, bouclier pour Di Rupo ?

Une crise politique interminable sur fond de lancinantes inquiétudes financières européennes. Un gouvernement à peine formé, confronté à une tuerie exceptionnelle avec son lot de questions sociétales. Une dégradation de la Belgique par une agence de notation, avec consécutivement des perspectives budgétaires plus douloureuses, sans même évoquer les prévisions conjoncturelles pessimistes. En toile de fond, un gouvernement pris entre les exercices de musculation des syndicats et du patronat. Quelques sorties ministérielles médiatiques ça et là. Inutile d'en rajouter ; l'approche de la trêve des confiseurs n'a pas épargné Elio Di Rupo et ses pairs dont la position est inconfortable.

Les pressions viennent de toutes parts sur un bateau ballotté dans des eaux internationales agitées elles aussi. Pourtant, il ne faut pas tergiverser. L'urgence est là. Notre pays a besoin de réformes structurelles. Ce n'est pas une course vers l'austérité pour l'austérité. Mais tous les acquis sociaux ne sont malheureusement pas immortels.

Il est clair que les promesses, effets d'annonces et même les engagements ne suffisent plus dans le contexte actuel. Nous avons besoin de faits, d'éléments de nature à calmer les vautours mais aussi tout simplement à stabiliser le monde économique, à commencer par les entreprises qui souffriront encore ce jeudi de la grève du secteur public.

Dans sa dernière étude Growing beyond menée auprès de 600 entreprises depuis le début de la crise en 2008, Ernst & Young constate qu'un manque de stabilité politique constitue un des plus grands facteurs de risque au niveau de l'évaluation des opportunités de marché.

Un peu de bon sens, pardi ! Peut-on conserver ad vitam aeternam la même durée de carrière alors que la longévité a considérablement augmenté ? A ce rythme, il arrivera un jour où nous serons pensionnés à peine à mi-parcours de notre vie. D'autre part, la Belgique serait-elle le seul pays européen à se passer de réformes structurelles ? Peut-on imaginer un vaste retour en arrière sur l'accord budgétaire si âprement bouclé ?

En outre, n'est-ce pas, pour partie, ce manque de remises en question depuis quelques décennies qui a poussé un nombre grandissant de néerlandophones à brandir des velléités d'autonomie plus fortes, voire de scission ?

Bien sûr, tout n'est pas parfait dans l'accord gouvernemental. Evidemment, la concertation sociale mérite d'être conservée, tant cette tradition belge a déjà désamorcé moult problèmes. D'accord, comme le confirme une étude de Deloitte, la Belgique reste un des pays les moins attractifs au niveau salarial malgré la hausse récente de la fiscalité dans plusieurs pays européens.

Mais le temps où notre nation était éclipsée par la Grèce et d'autres pays du Sud est révolu.

A ce stade, le débat sur les agences de notation semble par ailleurs relégué au second plan. Même la Commission européenne n'en fait plus une priorité. Plusieurs Etats européens attendent fébrilement les futures décisions de ces organismes pourtant décriés. Resituons la Belgique : Standard & Poors l'avait placée en AA (3e graduation de son échelle) le 25 novembre, Moody's affiche donc désormais un Aa3 (4e) et Fitch reste pour l'instant bloqué à AA (2e). L'augmentation des taux d'intérêt est déjà effective depuis lundi pour les obligations linéaires à 10 ans. D'apparence légère puisque l'échelle descend jusqu'en D, chaque cran de notation s'avère pourtant onéreux pour notre pays qui s'apprête à réemprunter 75 milliards d'euros en 2012. En l'occurrence, et c'est presqu'un comble, les agences et corollairement les marchés financiers pourraient devenir des alliés pour Elio Di Rupo, en lui offrant une sorte de bouclier face à la colère syndicale.

Comme nous l'avons déjà écrit, le gouvernement belge doit prendre son sort entre les mains. En espérant que des mesures là aussi structurelles seront mises en oeuvre au niveau européen (zone euro,...) et même mondial (FMI,...).

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