Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

29/08/13 à 14:40 - Mise à jour à 14:40

Mondialisation: le malheur des uns ne fait pas nécessairement le bonheur des autres

Pour les pays du sud, c'est en ce moment la débandade économique. Alors qu'on nous disait que les pays émergents étaient l'avenir du monde, que plus rien ne se ferait sans eux sur le plan économique, ce que l'on constate aujourd'hui, c'est que ce sud souffre terriblement ces dernières semaines.

En Chine, les travailleurs se révoltent régulièrement pour obtenir des hausses salariales. Au Brésil, les émeutes populaires sont venues rappeler que les infrastructures et les transports en commun sont défaillants dans ce pays, au point de souvent forcer les gens à passer 4 heures par jour dans un bus pour se rendre à leur travail. Quant aux pays du Maghreb, leur chômage endémique est également à l'origine de l'éclosion du printemps arabe. Même topo pour l'Inde, la Turquie, pour l'Indonésie, bref, pour tous ces pays qu'on nous présentait comme les futurs dragons de l'économie mondiale.

Et tous ces pays souffrent encore plus ces derniers jours à cause de la nouvelle politique de la banque centrale américaine. Comme le président de cette banque a indiqué qu'il allait bientôt arrêter de faire tourner la planche à billets, les investisseurs ont pris peur, et comme ils avaient placé leurs billes dans les pays émergents, ils ont rapatrié tout cet argent aux Etats-Unis et même en Europe. Le résultat, c'est que les pays émergents ont vu des milliards de dollars de capitaux quitter leurs pays parfois en quelques jours et ils sont obligés aujourd'hui de relever leur taux d'intérêt pour défendre leur monnaie, mais la contrepartie de cette hausse des taux, c'est qu'ils sont en train d'asphyxier à petit feux leur propre croissance. Tant pis, diront certains, après tout, ces pays du sud ont profité pendant des années des délocalisations, ces pays nous ont pris nos emplois, ont mis la pression sur nos salaires, etc,...Dire cela serait malgré tout une erreur, même si c'est compréhensible, car le malheur du sud aujourd'hui n'est pas synonyme de bonheur pour le nord ! Pourquoi ce paradoxe ? Parce que si le sud va mal, les salaires resteront toujours aussi faibles, et donc, les délocalisations continueront de plus belle. Ensuite, parce que ces pays sont devenus aussi nos clients, notamment via l'éclosion d'une classe moyenne, ce qui est une bonne chose pour les pays du nord qui peuvent vendre à cette classe moyenne des produits de luxe ou des produits plus sophistiqués. En résumé, oui, la mondialisation fait qu'aujourd'hui le malheur des uns ne fait pas nécessairement le bonheur des autres, nous sommes tous interdépendants qu'on le veuille ou pas.

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