Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

05/03/13 à 10:45 - Mise à jour à 10:45

Michel Barnier et les traders

Le commissaire européen Michel Barnier doit jubiler, il a finalement réussi à plafonner les bonus des traders, au grand désarroi des Britanniques qui jusqu'au bout ont cherché à défendre la City de Londres, le véritable centre financier de l'Europe et sans doute même du monde.

Après dix mois de marchandage, les représentants des trois institutions européennes se sont enfin mis d'accord pour plafonner les bonus des traders à maximum une fois le salaire fixe. Il y a bien entendu quelques petites exceptions à cette règle, mais il n'empêche - quand auparavant, un trader pouvait gagner des dizaines de fois son salaire de base - , demain grâce ou à cause de cette réglementation, ce salaire variable sera désormais plafonné.

Même si la mesure arrive un peu tard, elle est bien accueillie par les commentateurs. Ce plafonnement permet de lutter contre une culture excessive du risque et du contournement des règles, deux attitudes devenues endémiques dans le secteur financier. Jusqu'à présent le système de récompense des traders et même des banquiers était complètement biaisé, avec d'un côté un gain qui pouvait être démultiplié et de l'autre côté une perte limitée au salaire !

Pire encore, les pertes potentielles pouvaient être déportées sur la collectivité, autrement dit l'Etat, et donc le contribuable. C'est ce système d'incitation pernicieux auquel veut mettre fin le commissaire européen Michel Barnier. Il a également réussi à l'imposer à l'ensemble de l'Europe, ce qui ne plait pas aux Britanniques qui ont peur que Londres ne soit plus compétitive face à New York, Zurich ou Singapour Ce chantage classique à la délocalisation est un immense écran de fumée pour le forcer à plier et à ne pas plafonner les bonus du secteur bancaire. L'argument est classique et ne tient pas la route, pas plus que l'argument qu'utilise le secteur bancaire lorsque le législateur veut le limiter dans telle ou telle activité, à chaque fois, c'est la même rengaine qui ressort. Si vous nous limitez ici, alors vous allez aussi limiter nos capacités à octroyer du crédit, et donc, chers amis politiques, vous allez handicaper la croissance, est-ce vraiment ce que vous voulez ?

Généralement, le secteur bancaire arrive à ses fins, car les politiques ont peur d'une hausse du chômage et prennent ce genre d'argument pour argent comptant. Heureusement, pour le plafonnement des bonus, Michel Barnier a tenu bon - et c'est tant mieux pour le citoyen puisque tout cela n'a qu'un seul but - éviter que ce soit toujours le contribuable qui paie l'ardoise des banquiers imprudents.

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