Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

09/04/14 à 10:04 - Mise à jour à 10:04

Michael Lewis fait trembler Wall Street

Ce n'est pas tous les jours qu'un auteur muni de sa simple plume peut à la fois faire trembler une partie de Wall Street et faire reporter l'introduction en Bourse à New York d'une entreprise dénommée Virtu mais qui visiblement ne serait pas bourrée de vertus !

Mais cet auteur n'est pas n'importe qui, il s'agit de Michael Lewis, un ancien trader, reconverti dans l'écriture et qui, à chaque fois qu'il écrit sur Wall Street, c'est bingo ! Non seulement, il arrive à décortiquer les mécanismes complexes mais en plus il a l'art de raconter cela dans un style simple. Je vous recommande d'ailleurs ses livres qui sont tous traduits en français.

Son dernier livre "Flash Boys" dénonce les dernières dérives de la Bourse de New York. Devant les caméras de la chaine de télévision américaine CBS, il a déclaré, je le cite : "Imaginez un bison dans une prairie entouré de prédateurs. La question n'est pas qui parviendra à l'attraper, mais qui sera le plus rapide". En comparant les investisseurs classiques, c'est-à-dire vous et moi, à des ruminants, Michael Lewis a fait mouche : il montre simplement que les traders à haute fréquence, ceux qui utilisent des ordinateurs superpuissants pour donner des ordres d'achats et de ventes à la millième de seconde, ces traders à haute fréquence sont, selon lui, en train de tuer la bourse à petits feux.

En réalité, ces traders ne sont pas meilleurs que les autres, ils profitent seulement de leurs ordinateurs super puissants, disposant d'une vitesse toujours plus rapide, pour profiter de très infimes variations de cours, que ce soit en prix ou en volume.
Résultat de la publication de ce livre choc : non seulement les autorités américaines vont regarder de plus près ces sociétés de trading à haute fréquence, pour voir s'il n'y a pas lieu de plus les réglementer.

La société Virtu, qui est elle-même une société de trading à haute fréquence, a été une victime collatérale de ce livre puisqu'elle a dû reporter son introduction en Bourse de New York. La raison ? Quand vous voulez vous introduire en Bourse, il faut dévoiler vos comptes... Et les analystes ont découvert avec frayeur que cette société, sur les 5 dernières années, soit 1238 séances en Bourse, n'a jamais perdu de l'argent ... sauf une seule journée ! C'est une performance très louche, qui fait office de signal d'alarme y compris pour les autres investisseurs professionnels. A ce niveau-là, il y a de quoi s'inquiéter, ce n'est plus de la chance, ni du professionnalisme mais une forme de martingale. Reste à savoir si cette martingale est saine et honnête, et ça c'est tout l'objet du débat.

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