Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

20/01/11 à 16:12 - Mise à jour à 16:12

Maghreb : les raisons de cette "poudrière sociale"

La révolution tunisienne démontre une fois de plus qu'économie et politique sont étroitement liées.

La révolution tunisienne démontre une fois de plus qu'économie et politique sont étroitement liées. Ce qui s'est passé en Tunisie n'est pas à proprement parler une "émeute de la faim" mais davantage l'expression d'un ras-le-bol d'une jeunesse de plus en plus diplômée mais sans emploi et donc sans espoir. Les jeunes diplômés tunisiens souffrent en effet d'un taux de chômage proche de 30 %. D'où la question : pourquoi l'économie de leur pays ne leur offre-t-elle pas de débouchés ?

La question a été posée à Hakim El Karaoui, un Franco-Tunisien qui travaille pour la Banque Rothschild. Son verdict est limpide. D'abord, il constate que chacun sait en Tunisie, depuis 10 ans, que cette question des jeunes diplômés était une bombe sociale à retardement. C'est vrai, l'économie tunisienne tente de muter et notamment de monter en gamme. Le problème, c'est que ses structures sont inadéquates. Le secteur privé reste dominé par les petites entreprises. Ce qui manque donc cruellement, ce sont des grandes entreprises capables de recruter en masse des jeunes diplômés. Et puis, le grand handicap de l'économie tunisienne, c'est sa forte administration. Pour un investisseur étranger ou local, ce secteur public tentaculaire et inefficient est un plus grand cauchemar que la corruption.

L'autre explication que donne Hakim El Karaoui au journal La Tribune pour expliquer la faible intégration de la Tunisie dans l'économie mondiale, c'est le fait que l'économie tunisienne reste centrée sur elle-même et peu ouverte aux investisseurs étrangers. A titre d'exemple, on retrouve 38 entreprises françaises du Cac 40 au Maroc, alors qu'elles ne sont que trois ou quatre en Tunisie. Autrement dit, la Tunisie ne compte sur son sol quasiment aucune société de rang international. Autant de débouchés en moins pour les jeunes diplômés.

Au final, le problème de la Tunisie est que son économie s'est spécialisée soit dans la sous-traitance, soit dans le tourisme, ce qui ne suffit pas à donner des débouchés aux jeunes diplômés. Quant à l'Algérie, le pays vit de sa rente pétrolière et, bien qu'il croule sous 150 milliards de dollars de réserves, 15 millions d'Algériens vivent en dessous du seuil de pauvreté ! Tout cela explique que les pays du Maghreb sont et seront de plus en plus confrontés à une poudrière sociale.

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