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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/01/10 à 15:24 - Mise à jour à 15:24

Les trois théories qui expliquent la hausse des produits alimentaires

Entre fondement spéculatif et fondement économique, une troisième théorie laisse la place à une raréfaction pure et simple des ressources naturelles.

Les trois théories qui expliquent la hausse des produits alimentaires

Il y a neuf ans, le magazine The Economist (l'un des meilleurs au monde, si ce n'est le meilleur) avait réalisé une enquête sur le baril de pétrole. A l'époque, le baril tournait autour des 10 dollars et The Economist prédisait qu'on n'en resterait pas là et que le prix de ce baril allait tomber autour des 5 dollars... Aujourd'hui, le baril flirte avec les 120 dollars. Qu'est-ce que cela signifie? Tout simplement que même les meilleurs peuvent se tromper!

L'économiste américain Paul Krugman a repris cet exemple. La récente envolée des prix des céréales (notamment du blé et du riz) nous force à nous interroger sur notre avenir commun. En l'occurrence, la question est simple: les ressources naturelles, qui par définition sont rares et épuisables, ne vont-elles pas nous manquer un jour et donc bloquer notre croissance économique?

Pour répondre à cette question, tout dépend de votre croyance. Pour le moment, il y a trois théories qui s'affrontent pour expliquer cette hausse des prix des matières premières. La première, c'est que cette hausse est le résultat de la spéculation: comme la Bourse va mal et que les taux d'intérêts sont bas (en clair, que les dépôts bancaires ne rapportent pas grand-chose), les investisseurs s'engouffrent dans le marché des matières premières pour profiter de la hausse générale et donc réaliser de jolies plus-values. Les tenants de cette théorie disent qu'il ne faut pas s'inquiéter car cette bulle spéculatives finira pas exploser comme toutes les autres, et donc les prix des matières premières redeviendront plus sages d'ici quelques mois.

La deuxième théorie dit que cette hausse des prix a un fondement économique et non pas spéculatif. En l'occurrence, il s'agit de la demande croissante de nouveaux pays comme la Chine dont la population aspire aussi à conduire une voiture ou à manger plus de viande. Là encore, les tenants de cette deuxième théorie restent optimistes: pour eux, il suffira d'augmenter les rendements agricoles ou de creuser de nouveaux puits de pétrole, l'offre augmentera automatiquement et les prix finiront bien par diminuer.

Et puis, il y a une troisième école de pensée, celle à laquelle appartient l'économiste Paul Krugman. Sa théorie est simple: l'époque des ressources naturelles pas trop chères est finie. Pour justifier son raisonnement, Paul Krugman rappelle que les nouveaux gisements de pétrole sont de plus en plus rares et de plus en plus chers à exploiter. En plus, ces nouveaux gisements ne permettent pas de compenser la production de ceux qui sont en déclin...

Quant au mauvais temps en Australie, à l'origine d'une baisse des récoltes mondiales, il ne s'agirait pas d'un phénomène récent ou ponctuel. Au contraire, cela fait dix ans maintenant que l'Australie souffre de la sécheresse. Autrement dit, des mauvaises récoltes, on risque d'en avoir d'autres, suite notamment au dérèglement climatique. Alors tout cela signifie une seule chose pour Paul Krugman: sauf à léguer à nos enfants un monde ressemblant au film Mad Max, il faudra changer drastiquement notre manière de consommer. Et le plus tôt sera le mieux.

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