Guy Legrand
Opinion

21/02/14 à 11:05 - Mise à jour à 11:05

Les riches, plus riches...

On le dit ambitieux et même assoiffé de pouvoir, Matteo Renzi, chef du parti démocrate italien depuis novembre dernier. Il voulait devenir calife à la place du calife et, comme attendu, il y est parvenu : c'est lui que le Président italien a, lundi dernier, chargé de former un gouvernement. Il est également fort habile.

En politique, certes, mais aussi en économie. Les marchés auraient en effet pu s'inquiéter de l'instabilité gouvernementale engendrée par son coup de force, même si c'est presque la norme dans la Péninsule... Et hop, voilà que Rome annonce une croissance de 0,1 % pour le quatrième trimestre, ce qui ne peut que rassurer. Car si le chiffre est particulièrement modeste et s'il était attendu, il signifie quand même une sortie de récession après huit trimestres dans le rouge. Comment ne pas s'en réjouir ?

Bene trovato, ma non è vero, bien entendu : la coïncidence est forcément fortuite. D'autres pays ont, du reste, fait beaucoup mieux. Le Portugal, en particulier, dont on attendait un progrès aussi ténu que celui de l'Italie et qui affiche finalement un PIB en hausse de 0,5 % au dernier trimestre 2013. Lisbonne avait déjà fait sensation au deuxième, en sortant de récession avec éclat : 1,1 % de croissance, la plus forte de l'Union hormis les petits Etats de Malte et du Luxembourg. Résultat : le Portugal se finance aujourd'hui à moins de 5 %, contre quelque 14 % peu avant son sauvetage de mai 2011.

La convalescence des grands malades du Vieux Continent se confirme donc, puisque l'observation vaut également pour l'Irlande et, dans une moindre mesure, pour l'Espagne. Où la croissance n'était plus que symboliquement négative l'an dernier, à -0,1 %, après deux trimestres dans le vert. Même les Pays-Bas, victimes d'une sérieuse syncope en 2012, s'en tirent beaucoup mieux que prévu un an plus tard. Et comme les locomotives française et surtout allemande ont terminé l'année un peu plus vigoureusement que prévu, c'est la zone euro dans son ensemble qui a dépassé les attentes en 2013. C'est toujours cela de pris pour le moral. Mais pas seulement. On sait en effet que la diffusion d'une telle information, en fortifiant le mental du consommateur, peut amener ce dernier à dépenser davantage, ce qui soutient la conjoncture économique. N'a-t-on pas affirmé que la victoire française à la Coupe du Monde, en juillet 1998, avait dopé la croissance française de plusieurs dixièmes de pour cent ?

De là à crier victoire, il y a un pas qu'on a du mal à franchir. Même la croissance de 1 % attendue cette année dans la zone euro (et qui a prévalu en 2013 pour l'ensemble de Union) reste trop modeste. Les plus lucides avaient prévenu dès 2009 : il faudra 10 ans pour effacer la crise et retrouver une croissance "normale". Pourtant, la Bourse s'est bien redressée et on s'interroge régulièrement sur ce paradoxe. Ce n'est pas nécessairement anormal : les grandes entreprises cotées sont, dans l'ensemble, parvenues à retrouver une belle croissance de leurs bénéfices. Contrairement aux autres et parfois (souvent ?) à leur détriment. Voyez la couverture de ce numéro : Internet tue quatre fois plus d'emplois qu'il n'en crée, prétendent certains. On affirme que l'écart se creuse entre les citoyens riches et les pauvres (et même la classe moyenne), mais il semble que ceci vaut aussi pour les entreprises. Et, d'un point de vue fondamental, c'est tout aussi inquiétant, sinon plus encore !

GUY LEGRAND - Senior writer

Nos partenaires