Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

28/04/14 à 10:52 - Mise à jour à 10:52

Les professions actuelles menacées à cause de la révolution numérique

En matière d'emplois, on a déjà dit et promis pas mal de choses qui hélas se sont révélées fausses... Prenez le cas des délocalisations, on a souvent dit que les emplois à faible qualification et donc les plus fragiles n'étaient pas délocalisables.

Eh bien, c'est faux ! Il n'y a qu'à regarder ce qui se passe déjà en ce moment aux Etats-Unis. Une chaine de restauration rapide dénommée Applebee's a fait savoir que les commandes des clients seraient désormais passées sur des tablettes, intégrées dans les tables. Et toujours grâce à ces tablettes, intégrées dans des tables, le client pourra payer avec sa carte de débit ou de crédit. Autrement dit, si ce genre d'initiative devait se propager, autant dire adieu au métier de serveur. Si ce métier n'est pas menacé par les travailleurs chinois, il est menacé par la révolution numérique !

Mais quand je disais qu'on ne nous disait pas toujours la vérité en terme d'emplois, je ne visais pas seulement les emplois à faibles qualifications. Aujourd'hui, plusieurs études démontrent que les cols blancs, autrement dit, les cadres sont autant menacés que les cols bleus ! Deux économistes de l'université d'Oxford ont démontré que 47% des professions actuelles sont menacées de disparition à cause de la révolution numérique ; que ce soit le métier d'analyste crédit ou même de secrétaire de rédaction, que l'on retrouve dans la plupart des rédactions journalistiques. Bref, là encore, des métiers protégés et supposé qualifiés seront mis sous pression par des algorithmes qui seront sans doute plus performants et coûteront moins chers. Sans compter que ces robots des temps modernes ne prendront pas de vacances et ne seront jamais en grève !

Et donc, quand les politiques disent aux citoyens "retroussez vos manches pour trouver un job", et que dans le même moment, ces politiques disent aux entreprises "nous abaissons vos charges, à vous de créer maintenant des emplois", un économiste comme Paul Jorion, mais il n'est pas le seul, a bien peur que ce discours soit totalement dépassé car il ne correspond plus à la réalité de demain. Et quand je dis demain, j'exagère, car il n'y a qu'à voir comment les grandes banques en Belgique ont licencié récemment des centaines de cadres, dont elles n'ont plus besoin, pour voir que ce phénomène de remplacement des humains par des robots a déjà commencé.

L'idée de l'économiste Paul Jorion, une idée déjà évoquée au 18ème siècle, c'est que le travailleur remplacé par une machine devrait obtenir une rente qui serait perçue sur les gains de productivité générés par cette machine. Cette rente serait redistribuée en priorité aux victimes de la robotisation.

Le débat n'est pas encore lancé, car souvent les politiques et les syndicats sont en décalage sur l'évolution de la société, mais ce débat finira par voir le jour, ce n'est qu'une question de prise de conscience.

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