Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

22/03/10 à 11:19 - Mise à jour à 11:19

Les partisans de la décroissance doivent se sentir bien seuls...

Avec la crise économique, les dirigeants politiques savent qu'ils seront jugés et donc réélus sur un seul point : leur capacité à diminuer le chômage. Les partisans d'une "autre" croissance sont donc mal pris...

Les partisans de la décroissance doivent se sentir bien seuls en cette période de crise. En effet, avec la crise économique, les dirigeants politiques savent qu'ils seront jugés et donc réélus sur un seul point : leur capacité à diminuer le chômage. C'est en gros ce que laissait sous-entendre, dans les colonnes du journal Le Soir, Jean-Michel Javaux, coprésident d'Ecolo : avec la crise financière, le mot d'ordre semble être "des jobs, des jobs et encore des jobs !"

Les partisans d'une "autre" croissance sont en quelque sorte mal pris. D'un côté, ils constatent la détresse humaine et les chiffres du chômage qui prennent l'ascenseur ; de l'autre, à tort ou à raison, ils ont l'impression que ce souci de créer des jobs risque de se concrétiser n'importe comment et n'importe où, du moment que cela crée de l'emploi.

En réalité, le débat auquel faisait allusion Jean-Michel Javaux est très clair : c'est la fameuse lutte entre les impératifs de l'écologie, qui seraient davantage centrés sur le long terme, et l'urgence économique, par définition centrée sur l'extrême court terme. Un vrai et beau débat, car la plupart de nos concitoyens associent croissance et emploi. Par opposition, ils associent donc souvent décroissance et chômage.

Plusieurs personnalités du monde économique affirment d'ailleurs que la théorie de la décroissance ne fonctionne pas. Pour preuve, le monde occidental a connu une croissance négative en 2009... ce qui s'est traduit par davantage de chômage !

Voici sans doute un grand raccourci, cela dit, car la thèse des tenants de la décroissance n'est pas celle-là : ils estiment simplement que la croissance du PIB ne peut être un objectif en soi. Pourquoi ? Parce que le produit intérieur brut additionne des flux économiques, y compris ceux qui constituent un appauvrissement de la société.

Un seul exemple : si tous ceux qui écoutent ma chronique radio dans leur voiture provoquent un accident, le PIB de la Belgique augmentera. Il faudra en effet payer des ambulances, des frais d'hôpitaux, la rééducation chez les kinésithérapeutes, sans oublier l'achat de nouvelles voitures. Bref, un accident sur l'autoroute fait augmenter à court terme le PIB. Mais est-ce vraiment une richesse supplémentaire ? La réponse à cette question, c'est qu'il faut ajouter d'autres indicateurs à celui du PIB, des indicateurs plus qualitatifs !

La crainte des partisans de la décroissance ou d'une croissance plus durable, c'est que les chiffres du chômage fassent reculer un début de prise de conscience. Autrement dit, sous le prétexte légitime et compréhensible de l'urgence sociale, ils pointent donc le danger que les nouvelles idées soient caricaturées ou rangées dans le tiroir du bas, en attendant des jours meilleurs.

L'idée de mettre sur pied un vaste emprunt pour l'isolation des bâtiments, lancée la semaine dernière, essaie en quelque sorte de "casser" cette malédiction : nier le lien entre croissance économique et écologie. Reste à voir si le message sera entendu.

Nos partenaires