Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

03/06/10 à 10:16 - Mise à jour à 10:16

Les marchés financiers sont-ils névrosés ?

L'écrivain Oscar Wilde disait qu'un cynique était quelqu'un qui connaissait le prix de chaque chose et la valeur d'aucune. Cette maxime est applicable à l'Internet...

Les marchés sont-ils névrosés ? A voir ce qui se passe depuis quelques mois, la question n'est pas du tout saugrenue. Faisons le rappel des derniers mois, à l'instar du journal économique La Tribune. En 2008 et en 2009, les marchés financiers ont pris peur car les banques allaient mal. Puis, les unes après les autres - et souvent en même temps - les grandes banques du monde entier ont été sauvées grâce à l'aide des gouvernements. Premier épisode... et premier soulagement des marchés financiers.

Second épisode, les marchés financiers ont découvert que, pour sauver les banques, les Etats se sont endettés très fortement. A un point qui leur a fait peur. Depuis le début de l'année 2010, les marchés financiers ont montré leur nervosité en attaquant d'abord la Grèce, puis d'autres pays comme l'Espagne et le Portugal. Fin du deuxième épisode. La Grèce, l'Espagne, le Portugal ont pris leur hache et coupé dans leurs dépenses publiques, avec une rage et un acharnement qui ne passeraient pas auprès de l'opinion publique en temps normal. Tout cela, pour séduire à nouveau les marchés financiers et éviter que ceux-ci ne demandent des taux d'intérêt exorbitants pour accepter de financer leur dette publique.

A peine a-t-on poussé un "ouf" de soulagement, en se disant : "Cette fois, c'est la bonne, on va avoir la paix pour quelque temps ; après tout, ces fameux marchés financiers n'ont-ils pas obtenu ce qu'ils voulaient ?", que, troisième épisode, les marchés financiers se montrent à nouveau nerveux.

Pourquoi ? Comme le dit joliment La Tribune, ils ont compris qu'en généralisant les cures d'austérité, les gouvernements ne vont pas seulement couper dans la graisse des dépenses publiques, mais sans doute aussi toucher un peu de muscle. Ces cures d'austérité risquent donc bien de se traduire par une baisse de la croissance. Or, une baisse de croissance signifie des profits en moins pour les entreprises. D'où la baisse des Bourses de ces dernières semaines.

Quatrième épisode, Barack Obama ose l'impensable : réglementer davantage les banques américaines. Les marchés financiers ont compris un peu tard que des banques plus régulées seront aussi des banques moins rentables, d'où une nouvelle chute des valeurs bancaires en Bourse.

Ce qui étonne, dans ce défilé d'événements, c'est finalement l'étonnement des marchés financiers. Toutes ces conséquences dont je vous parle chaque jour étaient prévues et largement commentées par la presse économique. Pourquoi dès lors cette nervosité à répétition ?

Première réponse possible : penser que les marchés financiers sont névrosés. En réalité, ils sont paniqués ! Ils viennent de réaliser que, sans dette privée et sans dette publique, notre croissance n'a plus de soutien. Et lorsqu'il n'y a plus de soutien, la croissance s'effondre... comme un coureur cycliste sans dopant.

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