Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

07/05/10 à 11:35 - Mise à jour à 11:35

Les leçons de la crise grecque‎

En 2009, tout le monde était d'accord pour dire merci à tous ses Etats qui de par leur intervention massive nous ont sauvé de la déconfiture. La meilleure preuve, c'est que les Etats ont pu emprunter à des taux très faibles, en tout cas plus faibles que les taux auxquels pouvaient emprunter les entreprises multinationales.

En 2009, tout le monde était d'accord pour dire merci à tous ses Etats qui de par leur intervention massive nous ont sauvé de la déconfiture. La meilleure preuve, c'est que les Etats ont pu emprunter à des taux très faibles, en tout cas plus faibles que les taux auxquels pouvaient emprunter les entreprises multinationales. A l'époque, tout le monde trouvait cela normal, la théorie économique disait qu'un Etat ne peut pas faire faillite, ne serait-ce que parce qu'il peut compter sur ses contribuables pour renflouer ses caisses .

Et puis, là, en 2010, c'est exactement l'inverse qui se produit, les marchés financiers sont encore prêts à financer la dette publique des Etats, mais cette fois-ci, ils demandent un taux d'intérêt plus élevé que ce qu'ils demandent aux entreprises multinationales !

Vous me direz que c'est la faute de la Grèce ! Pourtant, avec le sauvetage de la Grèce, l'Europe a pourtant démontré qu'il n'était pas question qu'un de ses Etats tombe en faillite, c'est donc un message plutôt positif vis-à-vis des investisseurs, alors pourquoi font-ils payer plus les Etats que les entreprises ?

Parce que les choses ont changé comme l'a fait remarquer Marc de Scitivaux, un économiste français à nos confrères du Journal du Dimanche. Première explication : les multinationales font désormais moins peur que les Etats car ces grandes entreprises réalisent une bonne partie de leur chiffre d'affaire dans le monde entier, or, la croissance mondiale pour 2010 va tourner autour des 4%. En revanche, les Etats dépendent de leurs ressources locales, c'est à dire des impôts locaux, or, le rendement de ces impôts ne sera pas terrible, car la croissance nationale de la plupart des pays de la zone euro ne va pas dépasser les 1% ! Bref, il est clair qu'une multinationale aura plus de facilités à rembourser ses emprunts qu'un Etat pour la simple raison que ces recettes seront plus fortes.

Et puis, la deuxième raison qui explique cette méfiance à l'égard des Etats, c'est le fait que certains d'entre eux empruntent uniquement pour rembourser les erreurs ou dérapages du passé. C'est un emprunt qui ne crée pas de la valeur, à l'inverse des multinationales qui, elles, sollicitent les marchés financiers parce qu'elles ont des projets tangibles qui vont eux-mêmes générer des rentrées d'argent. En effet, quand on regarde les comptes de la multinationale, en face de la colonne emprunt, il y a une colonne actif et c'est cela qui rassure les marchés financiers. Voilà donc pourquoi nos Etats plaisent moins aujourd'hui que les multinationales.

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