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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

03/03/10 à 10:40 - Mise à jour à 10:40

Les discours sur le retour de la rigueur cachent des choses peu avouables...

Même si les choses sont loin d'être réglées, il suffit de penser au drame de Carrefour pour s'en convaincre, il faut reconnaître que l'économie mondiale a évité la crise cardiaque voire la banqueroute totale.

Les discours sur le retour de la rigueur cachent des choses peu avouables...

© PG

Même si les choses sont loin d'être réglées, il suffit de penser au drame de Carrefour pour s'en convaincre, il faut reconnaître que l'économie mondiale a évité la crise cardiaque voire la banqueroute totale.

Si ce scénario du pire a pu être évité, c'est grâce aux différents plans de sauvetage imaginés par les gouvernements. Revers de la médaille, tout cela s'est traduit par un endettement colossal des Etats. Un endettement auquel on leur demande aujourd'hui avec insistance de mettre fin le plus rapidement possible.

La pression vient évidemment des marchés financiers qui craignent une faillite d'un Etat. Mais elle trouve aussi sa source en interne. Ainsi les banques nationales prient gentiment mais fermement leurs gouvernements respectifs de rétablir l'équilibre de leurs comptes ; ne serait-ce que pour pouvoir affronter les défis du vieillissement de la population d'ici quelques années.

Ca, c'est pour la thèse officielle. Si sur le papier elle semble tenir la route, tout le monde ne partage pas cette vision. C'est le cas de Paul Jorion , un anthropologue belge devenu célèbre dans le monde entier grâce à ces travaux sur la crise actuelle (lire "Trends-Tendances" du 1er octobre 2009). Pour lui, les discours sur le retour de la rigueur cachent des choses peu avouables...

La première, c'est l'amnésie des marchés financiers. Ceux-ci sont en effet les premiers à faire pression sur les gouvernements pour qu'ils réduisent leur dette publique. Mais ils oublient un peu vite que ce sont les Etats qui se sont endettés à hauteur de 11.000 milliards de dollars pour juguler leur panique ! Bref, ils mordent la main qui les a sauvés.

Paul Jorion ne comprend pas non plus pourquoi on incite les Etats à se hâter à rembourser leurs dettes publiques. D'autant que celles-ci sont supportables vu la faiblesse des taux d'intérêt. Les problèmes de paiement sont inexistants, du moins à court terme, et de plus, qui dit baisse trop rapide de l'endettement public, dit aussi programme d'austérité. Ce qui pourrait compromettre la reprise, selon Paul Jorion. D'autant que ce n'est pas en gelant le salaire des fonctionnaires et des salariés que l'on dopera la consommation, que du contraire ! Par conséquent, l'empressement actuel à réduire les dettes publiques des Etats est suspect, voire très suspect.

Et l'anthropologue d'aller un peu plus loin encore en se demandant si les ultralibéraux ne cherchent pas leur revanche en imposant la diète forcée aux gouvernements occidentaux. Tout le monde ne partage pas cette thèse, mais elle nous force au moins à réfléchir.

Le blog de Paul Jorion

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