Guy Legrand
Opinion

18/08/11 à 10:50 - Mise à jour à 10:50

Le triple A de la France est crucial !

Les agences de notation ont démenti : il n'est pas question de priver Paris de son rating AAA. La rumeur d'une pareille dégradation a fait des ravages dans le secteur bancaire le mercredi 10 août. L'information semblait en effet d'autant plus plausible que, une fois tombé le tabou du triple A américain, beaucoup attendaient d'autres coups de rabot de la part de l'agence Standard & Poor's.

Le triple A de la France est crucial !

© Photonews

La dégradation de la note d'un pays constitue en principe une mauvaise nouvelle pour les investisseurs institutionnels détenteurs de sa dette, au premier rang desquels les banques. En principe... car en ces jours de panique boursière, les obligations tant françaises qu'américaines ont continué à assumer leur rôle de valeur refuge, comme si de rien n'était. Les investisseurs se sont-ils dès lors inquiétés pour rien ? A mauvais escient peut-être, mais pas pour rien. La note maximale dont bénéficie la France est en effet vitale pour l'avenir des dettes souveraines dans la zone euro, au travers du fonds de stabilité financière et plus encore de certains développements attendus.

De fait, à force d'affirmer que c'est l'Allemagne qui a le jeu en main, on en vient presque à oublier qu'elle n'est pas seule, qu'elle ne peut pas l'être et qu'elle ne le veut pas. Allemagne et France sont les deux grands pays notés AAA qui constituent l'épine dorsale de la zone euro. Leur poids serait plus crucial encore demain, dans la perspective d'une éventuelle agence européenne de la dette qui émettrait des "eurobonds" à titre collectif, au profit de l'ensemble des pays membres de la zone. Berlin ne veut pas entendre parler de cette communautarisation de la dette - qui est aussi une mutualisation des risques ! -, ainsi que le ministre allemand des Finances l'a encore rappelé le week-end dernier. Paris non plus d'ailleurs, du moins officiellement.

De nombreux économistes estiment pourtant que l'Europe ne pourra s'en sortir durablement sans une pareille initiative, que Berlin pourrait accepter en échange de ce qu'elle exige par ailleurs : la mise sur pied d'un Conseil de stabilité financière européen (différent donc de celui créé en 2009 dans le cadre du G20). Ce Conseil avaliserait les budgets nationaux et les amenderait si nécessaire, avant leur présentation au parlement. L'Allemagne ne veut en effet plus jouer les garants (ce qu'elle fait déjà aujourd'hui au travers des plans d'aide à la Grèce, notamment) sans avoir un droit de regard sur ce qu'elle garantit. Quoi de plus légitime ? Est-ce toutefois acceptable pour les autres pays, dont les budgets déficitaires seraient inévitablement contestés ? On entend d'ici les cris d'orfraie poussés par de nombreux politiciens sur cette perte de souveraineté. Celle-ci serait forcément présentée comme inacceptable, alors qu'elle est déjà largement caduque. Giulio Tremonti, le ministre italien de l'Economie, n'a-t-il pas avoué, en présentant le plan d'austérité italien, qu'il avait reçu une lettre secrète de la BCE ? Laquelle a activement soutenu la dette italienne en échange de ces mesures. La perte de souveraineté, ou supposée telle, n'a pas que de mauvais côtés...

Certains doutent que les Allemands soient vraiment prêts à sauver la zone euro. La séquence présentée mardi matin par la chaîne télévisée ARD est à cet égard édifiante. On est en 2021, la zone euro a éclaté et le mark s'envole. Les touristes allemands se réjouissent de leur pouvoir d'achat accru... mais l'industrie plonge et le chômage explose. Oui, les Allemands ont compris ! Non, l'euro n'est pas mort !

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