Nathalie van Ypersele
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Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Nathalie van Ypersele, rédactrice en chef de Trends-Tendances, en alternance avec Guy Legrand, directeur adjoint du magazine
Opinion

18/11/10 à 09:46 - Mise à jour à 09:46

Le réel enjeu des négociations interprofessionnelles

Le réel enjeu des négociations interprofessionnelles

© Photonews

Par NATHALIE VAN YPERSELE, Rédactrice en chef

Pour les syndicats, il faut maintenir l'index et assurer l'augmentation de certaines catégories de salaires. En face, les employeurs excluent toute hausse du coût salarial afin d'améliorer notre compétitivité par rapport à nos pays voisins. Les négociations s'annoncent ardues, d'autant que le rapport du Conseil central de l'Économie, qui sert de base aux discussions, ne laissent pas beaucoup de marge de man£uvre. Et le gouvernement, avec son déficit gigantesque, ne pourra sans doute pas puiser dans les deniers publics pour aider à ficeler un accord.

Le cadre pourrait cependant être plus morose. Selon Eurostat, la croissance belge s'élève à 2,1 % au troisième trimestre 2010. C'est mieux que les Pays-Bas et la France. Dans sa dernière note conjoncturelle, ING souligne également les très bons indicateurs de l'économie belge. Mais Philippe Ledent, économiste chez ING, reste prudent car, en 2011, la Belgique n'échappera pas aux mesures d'austérité pour diminuer l'ampleur de la dette publique et le taux de croissance pourrait, dès lors, se tasser.

Malgré le contexte économique plutôt positif, une hausse salariale, en dehors de l'index, me paraît utopique. L'enjeu de la compétitivité est en effet crucial et se joue dès aujourd'hui. Les habitants de Prato, en Italie, peuvent en témoigner, d'après un article du Monde paru tout récemment. C'est en effet dans cette ville que ce sont installés, depuis les années 1990, plus de 40.000 Chinois. Ils sont tous actifs dans le secteur textile. Les sociétés chinoises locales appliquent les mêmes recettes que dans les grandes usines de l'empire du Milieu : 15 à 16 heures de travail quotidien, sept jours sur sept, sommeil et repas proche ou sur le lieu de travail. Les règles imposées par les autorités italiennes ainsi que les contrôles ne suffisent pas à imposer un minimum de bien-être social. Les enseignes chinoises qui ne respectent pas les lois sociales italiennes disparaissent et renaissent deux jours plus tard sous un autre nom. Face aux critiques qui parlent "d'esclavagisme", Roberto Wang, président de l'association Deuxième génération chinoise, se rebiffe et déclare au quotidien français : "Le Chinois travaille pour sa famille, pour économiser et se mettre un jour à son compte en exploitant d'autres compatriotes." Bref, ils sont prêts à beaucoup de sacrifices pour devenir riches.

Cet exemple italien peut paraître anecdotique. Il est, pour moi, révélateur de la concurrence qui se joue à l'échelle mondiale, européenne et au sein même des pays européens. L'idée n'est évidemment pas de couper drastiquement dans les avantages dont bénéficient les travailleurs belges. Nous devons cependant tenir compte de notre environnement qui devient, que nous le voulions ou non, de plus en plus compétitif. Et c'est sans compter la guerre des devises, qui joue en défaveur de nos entreprises puisqu'elles sont handicapées par un euro fort et les prémices - pour certains - d'une guerre commerciale.

Ces différents éléments mettent en lumière l'enjeu des négociations interprofessionnelles. Serons-nous assez courageux pour accepter une modération salariale qui nous permettra - comme en Allemagne - d'assurer une belle croissance ?

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