Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/01/10 à 15:23 - Mise à jour à 15:23

Le problème des USA ? Le pétrole trop bon marché !

Si l'on veut réduire la dépendance des Américains au pétrole, le mieux est encore de laisser les prix grimper.

Le problème des USA ? Le pétrole trop bon marché !

Analyser les Etats-Unis d'aujourd'hui est souvent une bonne manière de se préparer à ce qui pourrait arriver chez nous demain. Je vous invite à le faire, à l'instar du magazine The Economist, autour du débat sur les prix pétroliers. Les trois candidats encore en lice pour la fonction de président des Etats-Unis sont, bien entendu, tous en faveur d'une planète plus verte et donc de voitures moins polluantes.

Cela, c'est pour le long terme - et cela ne mange pas de pain... Après tout, qui serait contre un tel programme ? Cela se corse lorsqu'on regarde les propositions des candidats sur le court terme. Que proposent-ils pour alléger la facture de leurs concitoyens à la pompe ?

Démarrons avec Hillary Clinton. Le 28 avril dernier, elle a indiqué que, si elle était élue, elle suspendrait la taxe qui frappe l'essence, et ce, pendant la driving season, c'est-à-dire la période des vacances d'été, durant laquelle les Américains sillonnent leur pays d'est en ouest et du nord au sud. Pour compenser ce manque à gagner, c'est très simple : elle irait chercher la différence dans les poches des compagnies pétrolières. Comme pour enfoncer le clou, elle promet de traîner l'Opep non pas en justice, mais devant l'Organisation mondiale du commerce !

La première idée (taxer les compagnies) peut fonctionner, l'argent ainsi ponctionné pourrait en effet se diriger vers des technologies plus vertes. Voilà pour la théorie, car la réalité pourrait se présenter autrement. D'abord, les compagnies ne se laisseront pas faire et refuseront en contrepartie de réaliser les investissements nécessaires pour développer de nouveaux gisements. Ce qui, à terme, voudrait dire que l'offre de pétrole n'augmentera pas et que donc les prix reprendront l'ascenseur. Ce serait donc un coup d'épée dans l'eau.

De même, promettre de baisser les taxes pendant la driving season revient à dire aux Américains : allez-y, l'Etat prend en charge la hausse de l'essence ! Avouez que ce n'est pas la meilleure manière d'inciter les gens à consommer moins. Qui plus est, si les Américains roulent davantage, c'est tout profit pour les compagnies pétrolières, les Exxon et autres Texaco. Il faut savoir ce qu'on veut ! En fait, comme le souligne Barack Obama, voilà un genre d'idée parfaitement populaire mais qui ne fera gagner aux Américains que 30 dollars durant la driving season.

Selon The Economist, Hillary Clinton et le candidat républicain McCain ont faux sur toute la ligne. Le problème, ce n'est pas le pétrole cher. Non, le problème, c'est le pétrole trop bon marché ! Si l'on veut réduire la dépendance des Américains au pétrole - qu'ils paient, soit dit en passant, trois fois moins cher qu'en Europe - si l'on veut les forcer à consommer de manière plus responsable, le mieux est encore de ne rien faire et de laisser les prix grimper. Mais là, on se heurte à un mur car cela revient à remettre en cause l'american way of life. Et ça, ce n'est pas négociable.

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