Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

13/12/10 à 09:33 - Mise à jour à 09:33

Le patron de Pfizer et la maladie du court-termisme

A y regarder de plus près, le départ volontaire du PDG de Pfizer illustre le mal absolu de notre époque : le court-termisme.

Dire qu'on quitte une entreprise à l'âge de 55 ans parce qu'on est fatigué, alors qu'on n'est ni mineur de fond ni maçon mais bien PDG de Pfizer, l'un des plus grands labos pharmaceutiques du monde, c'est à tout le moins bizarre. Sauf si l'on est fatigué d'entendre les actionnaires se plaindre de votre gestion... Comme vous le savez, les actionnaires ne regardent qu'une chose : l'évolution du cours de leur action. L'action Pfizer ayant perdu 20 % au cours des quatre ans où ce PDG a été à la tête de l'entreprise, on comprend mieux qu'il abandonne la partie.

A y regarder de plus près, ce départ volontaire illustre pourtant le mal absolu de notre époque : le court-termisme. Les investissements dans l'industrie pharmaceutique sont lourds, très lourds, et se comptent en milliards de dollars. Or, les résultats de cette recherche sont souvent aléatoires et les résultats mettent plusieurs années, parfois une décennie, avant de se manifester.

Prenez le cas de Pfizer. Comme l'a expliqué le Wall Street Journal, voilà une firme qui doit d'urgence trouver une nouvelle source de chiffre d'affaires pour compenser la perte de revenu qui aura lieu en 2011 avec l'expiration du brevet sur le Lipitor, un traitement destiné aux cas aggravés de cholestérol. Ce Lipitor, conçu en 1985, rapportait plus de 8 milliards d'euros en 2009. Il faudra lui trouver un remplaçant car, après l'expiration du brevet, les revenus du Lipitor chuteront au profit de la concurrence !

La recherche et développement est toutefois lente et aléatoire. Que font, dès lors, les grands labos ? Ils achètent des laboratoires de plus petite taille et recelant un ou plusieurs produits phare dans leur portefeuille.

En cherchant leur croissance à l'extérieur, les patrons des grands labos font ainsi d'une pierre, deux coups. D'un côté, ils offrent aux actionnaires une nouvelle molécule censée rapporter beaucoup d'argent, et ce, dans un délai compatible avec leur vision de court terme. De l'autre, ils consolident leur place de PDG.

Voilà l'une des raisons pour lesquelles les PDG de l'industrie pharmaceutique sont si rapides pour acheter des entreprises de plus petite taille. Ils s'assurent une croissance dans un délai compatible avec la durée vie d'un mandat de PDG. Comme quoi, derrière les grandes stratégies, il y aussi une gestion de carrière personnelle.

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