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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

16/05/11 à 13:13 - Mise à jour à 13:13

Le paradoxe de la flambée des matières premières

L'avantage, en économie, c'est qu'on peut dire tout et son contraire avec le même aplomb, sans risquer d'être contredit. C'est ce qui se passe en ce moment avec le cours des matières premières.

L'avantage, en économie, c'est qu'on peut dire tout et son contraire avec le même aplomb, sans risquer d'être contredit. C'est ce qui se passe en ce moment avec le cours des matières premières.

Au début de l'année, tous les experts avaient les cheveux qui se dressaient sur leur tête, à voir les cours des matières premières grimper sans cesse. Que ce soit l'or, l'argent, le pétrole, le coton ou le sucre, tout était dirigé vers la hausse. Aujourd'hui, ces mêmes spécialistes s'inquiètent, avec le même aplomb, non plus de la hausse des cours des matières premières mais de leur brusque retombée. Le coton et le sucre ont plongé de plus de 25 % par rapport à leur sommet. Le pétrole s'est replié sous la barre des 100 dollars. L'argent, qui est la matière favorite des spéculateurs et est aussi appelé "l'or du pauvre" car il coûte moins cher que le métal jaune, a subi une correction de plus de 20 % en un mois, sans qu'on sache vraiment pourquoi.

Le paradoxe, dans cette inquiétude, est que la flambée des cours des matières premières était un danger pour la croissance et une source majeure d'inquiétude pour les entreprises et leurs marges. Si cette peur était réelle, pourquoi avoir peur aujourd'hui alors que les prix de ces matières est en baisse ? Ladite baisse devrait avoir un effet positif symétrique ! Eh bien, non.

Nous sommes visiblement des esprits simples car les experts nous disent que, si le prix de ces matières premières reflue, c'est parce que tout le monde a peur d'un ralentissement de l'économie mondiale. Autrement dit, le recul des matières premières réduit certes les coûts des entreprises, mais le ralentissement de la croissance aura un effet encore plus négatif sur les chiffres d'affaires des entreprises.

Au fond, les seuls à avoir profité de la hausse des matières premières sont les spéculateurs. C'est le cas du patron de Glencore, société active dans les matières premières et dont le président pèse déjà 10 milliards de dollars à titre personnel. L'introduction en Bourse de cette entreprise permettra à son patron d'entrer directement dans le Top 100 des hommes les plus riches de la planète.

Pendant ce temps-là, les deux plus grandes banques d'affaires américaines envoient des messages contradictoires à leurs clients aisés. L'une préconise à ses clients de sortir des matières premières et l'autre, au contraire, leur dit que c'est le moment d'entrer.

Quand je vous disais qu'en économie, on peut tout dire et son contraire... Et pendant que les clients ne savent plus à quel saint bancaire se vouer, quelques malins arrivent à réaliser des fortunes.

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