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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

13/04/10 à 10:30 - Mise à jour à 10:30

Le minerai de fer entre dans le monde de la spéculation

Pendant plus de 40 ans, les groupes miniers négociaient le prix de leur minerai une fois par an seulement avec leurs principaux clients, c'est-à-dire les entreprises sidérurgiques du type Arcelor. Depuis quelques jours, cette négociation annuelle a volé en éclats et désormais, les prix seront négociés tous les 3 mois et non pas une fois par an ! Et alors, direz-vous, en quoi est-ce intéressant ?

Pendant plus de 40 ans, les groupes miniers négociaient le prix de leur minerai une fois par an seulement avec leurs principaux clients, c'est-à-dire les entreprises sidérurgiques du type Arcelor. Depuis quelques jours, cette négociation annuelle a volé en éclats et désormais, les prix seront négociés tous les 3 mois et non pas une fois par an ! Et alors, direz-vous, en quoi est-ce intéressant ?

C'est intéressant dans le sens où cela risque d'augmenter le prix final de votre nouvelle voiture ! En effet, jusqu'à présent, le minerai de fer était une sorte d'îlot paisible dans le monde des matières premières. En négociant les prix tous les 3 mois au lieu d'une fois par an, le minerai de fer entre dans le monde de la spéculation ! En effet, le prix du minerai de fer sera non seulement plus cher mais également plus volatil.

En réalité, le prix du minerai de fer dépend de 3 groupes miniers qui font la pluie et le beau temps sur ce secteuret le résultat immédiat, c'est qu'ils viennent d'exiger une hausse brutale des prix de 80 % pour continuer à livrer du minerai de fer. Si cette hausse passe telle quelle, alors l'effet domino va commencer : la hausse du prix de minerai de fer va se traduire par celle des prix de l'acier, puis des produits à base d'acier, depuis l'automobile jusqu'à la boîte de conserve, la machine à laver ou la poutrelle pour le secteur de la construction !

Mais l'impact le plus visible sera celui du secteur automobile. L'acier représente entre 600 et 700 kilos sur une voiture de 1,2 tonnes alors, c'est vrai, comme le reconnaissait un spécialiste, l'usage de l'aluminium et des matériaux composites a progressé, mais l'acier, par ses propriétés techniques et son coût, reste incontournable et donc, la hausse prochaine du prix de l'acier est une mauvaise nouvelle pour le secteur automobile.

Pour vous donner une idée de cet impact, sachez que selon les nuances d'aciers, la tonne coûte déjà entre 600 et 1500 euros par voiture et donc à 100 euros en plus par voiture, l'impact global serait de 320 millions d'euros pour une firme comme Peugeot ou 230 millions pour Renault. En période de crise, ce n'est évidemment pas bon et voilà pourquoi, les sidérurgistes et leurs clients du secteur automobile dénoncent d'une seule et même voix le coup d'état de 3 groupes miniers qui contrôlent à eux 3, les trois quarts du marché mondial du minerai de fer. La guerre du minerai de fer est belle et bien déclarée.

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