Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/03/13 à 11:20 - Mise à jour à 11:20

Le hold-up chypriote

Ce qui s'est passé à Chypre ce week-end n'en finit pas de susciter des remous, y compris auprès des Bourses mondiales qui ont été chahutées ce lundi. Il est vrai que ce hold-up chypriote sur l'épargne de ses citoyens fait réfléchir tout le monde.

Et si demain, cela arrivait en Espagne, au Portugal ou même en Belgique ? Que vaut encore cette garantie des comptes bancaires de 100.000 euros si, en cas de coup dur, n'importe quel gouvernement peut se servir à sa guise en prélevant une taxe de 6, 8 ou 10% ?

La question de confiance envers les banques est posée, car un tabou a été brisé. Mais il faut aussi raison garder, car le cas chypriote est un cas très à part. Tout d'abord, les banques de cette île ont des actifs équivalent à huit années de PIB, c'est beaucoup trop, l'île ressemble à un casino.

Ensuite, il faut savoir que ces banques chypriotes tirent l'essentiel de leurs ressources non pas d'emprunts mais de dépôts car elles captent, non seulement l'argent des Chypriotes, mais aussi celui des Russes qui est un argent pas toujours très blanc ! Disons-le clairement, Chypre est soupçonnée d'être une immense machine à laver de l'argent sale.

Pour corser le tout, les banquiers chypriotes ont eu la malheureuse idée d'aller placer tout cet argent pas très loin, en Grèce, où les obligations d'Etat payaient un taux d'intérêt alléchant. Et donc, après l'éclatement de la crise grecque, les banques chypriotes ont perdu des milliards d'euros dans le dernier épisode du sauvetage grec.

Il fallait donc recapitaliser ces banques, sinon elles tombaient en faillite et Chypre par la même occasion. Mais l'Europe et le FMI ont refusé à juste titre d'octroyer 100% de l'aide demandée par Chypre. Pourquoi ? Parce que l'Europe et le FMI ne voulaient pas renflouer les déposants Russes et donc sauver en quelque sorte l'argent noir des Russes via l'argent des contribuables de la zone euro ! Et donc, le gouvernement chypriote a finalement décidé d'aller chercher l'argent qui lui manquait au seul endroit où il y en a : sur les comptes bancaires.

Bien sûr, les dirigeants chypriotes auraient pu se contenter de taxer les gros dépôts. Mais comme le faisait remarquer le journal Les Echos, le gouvernement de Chypre espère bien que leur île restera un centre financier offshore. Ils voulaient donc prouver aux Russes qu'ils n'étaient pas les seuls visés.

Voilà pourquoi ils ont aussi mis à l'amende tous les Chypriotes, riches et moins riches. C'est injuste mais c'est la simple vérité. Les banques chypriotes vont rester fermées ce mardi et mercredi, en attendant peut-être d'adoucir la pilule pour les chypriotes. Mais le mal est fait : un tabou a sauté !

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