Geert Noels
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Retrouvez chaque semaine l'opinion de Geert Noels, chief economist du gestionnaire de fortune Econowealth.
Opinion

26/05/10 à 15:09 - Mise à jour à 15:09

Le grand sauvetage des banques

Le week-end du 9 mai 2010 fut le 11 septembre des deux piliers de l'euro : le Traité de Maastricht et l'orthodoxie monétaire de la BCE. Ces sacrifices importants ont été faits moins pour sauver la Grèce que pour sauver les banques systémiques européennes.

Le grand sauvetage des banques

Le week-end du 9 mai 2010 fut le 11 septembre des deux piliers de l'euro : le Traité de Maastricht et l'orthodoxie monétaire de la BCE. Ces sacrifices importants ont été faits moins pour sauver la Grèce que pour sauver les banques systémiques européennes.

Se pourrait-il que l'opération de sauvetage européenne ait été un travail bâclé, exécuté en toute hâte ? Que les dirigeants des gouvernements aient pris leur décision sous la pression des marchés ? Est-il pensable que les 860 milliards d'euros mobilisés disparaîtront dans un puits sans fond ? La réponse est hélas trois fois "oui". Le plan de l'UE n'est pas bon : l'euro reste faible, la confiance n'est pas restaurée et la Grèce sera malgré tout sous peu incapable de rembourser sa dette.

Les banques systémiques ont extorqué un grand sauvetage

Pourquoi les choses se sont-elles passées ainsi ? Les banques systémiques ont extorqué par des voies détournées un plan de sauvetage pour elles-mêmes. Vous pensez que c'est chercher un peu loin ? Lisez donc le quotidien néerlandais Het Financieele Dagblad : "Vendredi passé, les choses se sont aggravées. Le virus infectant les marchés obligataires est passé de la Grèce au Portugal, à l'Italie, l'Espagne, etc. Partout, les transactions se sont arrêtées. Notre management nous a fait savoir que nous ne pouvions plus opérer de transactions. Les risques devenaient trop importants, a déclaré un opérateur d'une grande banque. Dans toute l'Europe, les écrans se sont fermés. Il n'y avait plus moyen d'obtenir de cours réalistes pour des obligations d'Etat. Les grandes banques d'affaires internationales qui assurent le trading des emprunts d'Etat ont, l'une après l'autre, cessé de le faire."

Cela ressemble fort à une action coordonnée. Les banques systémiques ont fortement accru la pression juste avant le week-end. De sorte que les dirigeants européens n'ont rien pu faire d'autre que d'appliquer effectivement les "options nucléaires" que les banques réclamaient déjà depuis des semaines.

La résistance allemande a cédé en raison des circonstances. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a été pris d'un malaise et s'est retrouvé à l'hôpital tandis qu'Angela Merkel était coincée en Russie. C'est ainsi que le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière n'est arrivé à Bruxelles qu'une heure avant la conclusion de l'accord. Les Allemands ont donc été placés devant un fait accompli.

Moins cher et meilleur

Personne ne croit que la Grèce pourra consentir le même effort budgétaire que la Belgique après 1981 mais sans dévaluation et en deux fois moins de temps. Les Grecs eux-mêmes réalisent qu'ils ne reçoivent plus de prêts que pour régler les "intérêts"des prêts anciens. Ce sauvetage n'offre donc pas de perspectives prometteuses. Un moratoire d'intérêts de cinq ans, par exemple, aurait été préférable : en l'autorisant à ne plus payer d'intérêts sur les obligations grecques, on donnerait à la Grèce une bouffée d'oxygène immédiate. En combinaison avec le plan d'assainissement imposé par le FMI, la Grèce aurait peut-être déjà pu avoir un excédent budgétaire dans quelques années. Cette solution ne mettrait pas non plus la facture sur le dos du contribuable européen mais dans le giron de ceux qui ont accepté le risque sur le papier obligataire grec. L'ironie du sauvetage par l'UE est qu'il a aidé précisément ceux qui sont les plus grands spéculateurs de tous : ceux qui ont misé massivement sur un sauvetage. Un moratoire d'intérêts aurait aussi imposé de la discipline à d'autres pays et surtout à ceux qui leur accordent des prêts. Et une solution durable donnerait aussi de la crédibilité à l'euro.

Avec 860 milliards d'euros, on peut presque racheter trois fois la dette publique grecque. Cela montre qu'il y avait bien plus en cause. Tôt ou tard, on découvrira la vérité sur le grand sauvetage des banques et on verra aussi quelles en seront les conséquences. Entre-temps, il est triste de constater qu'avec moins d'argent, on aurait pu parvenir à un meilleur résultat.

Réactions : trends@econopolis.be

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