Guy Legrand
Opinion

18/10/13 à 14:19 - Mise à jour à 14:19

Le FMI veut alourdir vos impôts!

Ces derniers jours, les avertissements du Fonds monétaire international se sont succédé à un rythme soutenu, portant sur le shutdown américain, le manque de réformes dans les pays émergents, l'obligation de trouver un accord sur la dette des Etats-Unis, etc. Et puis, sans crier gare, voilà que l'institution de Washington lance un énorme pavé dans la mare : elle souligne la nécessité d'augmenter la fiscalité sur plusieurs terrains, et ceci à l'échelle planétaire. En fait d'avertissement, aux contribuables cette fois, celui-ci est gratiné !

Le Fiscal Monitor est une publication semestrielle du FMI. Le numéro de ce mois d'octobre sort de l'ordinaire par son sous-titre : "Taxing Times". Le thème était connu, puisqu'il avait été annoncé début septembre déjà. Le contenu, par contre, a causé une certaine surprise. Et nourri une ironie appuyée en France : quand elle était ministre des Finances, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde avait abaissé les impôts. A-t-elle changé de camp en devenant directrice générale du FMI ? Ce dernier ne prône évidemment pas un alourdissement de la fiscalité pour le plaisir, mais comme réponse au lourd endettement des Etats, résultat de la crise économique et financière. Il avance du reste à pas feutrés, en demandant : peut-on imposer davantage, mieux et de manière plus équitable ? Et en répondant aussitôt que "là où les taux d'imposition sont déjà élevés, le gros de l'ajustement devra s'opérer sur les dépenses".

La Belgique est-elle en conséquence, comme ses voisines, à l'abri des mauvais conseils du FMI ? Certains passages de l'étude le donnent à penser, qui insistent sur les pays moins développés, où l'impôt est non seulement plus faible mais aussi très mal perçu. Ce n'est toutefois qu'un leurre : leur endettement étant beaucoup plus lourd, les pays développés restent forcément au centre du débat. Pour le FMI, il ne faut toutefois pas nécessairement imposer plus, mais mieux. L'institution observe en effet que l'alourdissement de la fiscalité, dans les pays en crise tout particulièrement, a souvent pénalisé les revenus moyens, voire faibles. Alors qu'il "semble possible de mobiliser plus de recettes dans les tranches supérieures de revenu". Voilà qui plaira au président Obama, pas aux Républicains...

"Les taux d'imposition ont été relevés, alors qu'il aurait été préférable d'élargir l'assiette fiscale et de lever de nouveaux impôts", juge encore le Fonds. Cette dernière expression suscite quelques appréhensions. Et plus encore l'idée lancée en page 49 du rapport, dans un cadre faisant moins de 15 lignes en pleine page. Petit mais costaud ! Le message est en effet percutant : pourquoi pas un prélèvement unique sur les patrimoines ? Si la mesure est implémentée avant qu'elle ne puisse être esquivée (un élément essentiel, révèlent les échecs du passé) et qu'elle est clairement unique, elle ne porte pas à conséquence, juge le FMI. Qui rappelle que des économistes comme Ricardo et Schumpeter l'ont prônée, et même Keynes... avant qu'il ne change d'avis. Une projection faite pour 15 pays de la zone euro révèle qu'un abaissement de la dette publique à son niveau d'avant la crise nécessite une ponction de l'ordre de 10 % sur les patrimoines.

On aura beau jeu d'ajouter que des taux d'intérêt négatifs prévalant pendant plusieurs années peuvent tristement aboutir au même résultat. Et, qui plus est, en frappant davantage les petits patrimoines que les gros, ces derniers étant davantage investis en actifs plus résilients à l'inflation, tels que les actions et l'immobilier. L'idée n'en paraîtra pas moins excessive aux yeux de beaucoup. Au point d'être farfelue ? Ce serait oublier que le FMI est aux gouvernements ce que McKinsey est aux entreprises : ce qu'on n'ose pas décider soi-même...

GUY LEGRAND

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