Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

08/11/13 à 10:03 - Mise à jour à 10:03

Le crime de Didier Bellens ? Son salaire !

Didier Bellens, le patron de Belgacom est devenu depuis quelque temps le patron le plus célèbre de Belgique. Il se serait certainement passé de ce titre car le plus souvent c'est une célébrité négative: quand il n'est pas épinglé par la presse, ce sont les députés qui s'en chargent !

Au fond, son crime principal aux yeux des politiques, c'est son salaire. 2,6 millions d'euros bruts par an, cela fait rêver, fantasmer et forcément cela provoque aussi des jalousies, surtout en période de crise. Ajoutez à ce salaire, une langue qui est tout sauf une langue de bois, et vous avez un cocktail parfait pour en faire le punching-ball préféré des parlementaires.

En réalité, son salaire, il ne se l'est pas versé tout seul. Il ne l'a pas volé. C'est le gouvernement qui le lui a octroyé il y a plus de dix ans. Donc, c'est au gouvernement dans son ensemble à assumer ce salaire qu'il juge excessif aujourd'hui. Mais certains politiques, y compris à droite, semblent frappés d'amnésie.

Par ailleurs, on reproche à Didier Bellens un conflit d'intérêts parce qu'il est administrateur d'une société immobilière. Certains ont cru qu'il avait favorisé la vente d'immeubles appartenant à Belgacom au profit de cette société immobilière, mais là encore, pas la moindre preuve, que du contraire. Depuis 2010, Belgacom a vendu 60 immeubles et pas un seul n'a été vendu à cette société immobilière...

Hier encore, on l'a vu s'exprimer avec beaucoup de franchise dans le cadre d'un débat devant des hommes d'affaires réunis dans le B19 Country Club, un cercle situé à Bruxelles. Et l'un des participants lui a demandé si, vu son expérience, il pouvait dire quel était l'actionnaire le plus difficile à gérer ? Didier Bellens aurait pu botter en touche, ou répondre une banalité, il ne l'a pas fait. Il a dit qu'il avait travaillé dans différents secteurs et que, c'est vrai, quand on a un seul actionnaire, c'est plus facile de décider. En revanche, il a précisé que c'était plus difficile avec l'État, pas parce que c'est l'État, mais parce que l'État est représenté par des forces contradictoires. Autrement dit, un ministre va être plus préoccupé par la défense des consommateurs et voudra imposer les tarifs les plus bas à Belgacom. Un autre ministre dira qu'il lui faut les dividendes les plus élevés, ce qui nécessite des tarifs un peu plus élevés. Et puis un autre lui accordera la licence 4G pour permettre aux Belges d'avoir un débit 10 fois plus rapide que la 3G, mais au même moment, un autre ministre imposera des normes sanitaires pour la région de Bruxelles qui l'empêchera de déployer cette nouvelle technologie.

Au fond, Didier Bellens n'a énoncé qu'une évidence, une évidence aujourd'hui inaudible parce qu'elle a été relayée par les médias. Mais, comme le dit le proverbe, qui veut noyer son chien l'accuse de la rage.

Nos partenaires