Philippe Ledent
Philippe Ledent
L'opinion de Philippe Ledent, senior economist chez ING Belgique, chargé de cours à l'UCL.
Opinion

19/04/12 à 11:35 - Mise à jour à 11:35

Le colosse asiatique a-t-il des pieds d'argile ?

On a appris récemment que la croissance chinoise n'a atteint que 8,1 % sur un an au premier trimestre de cette année. Cela laisse sans doute rêveur en apparence, mais sachant que le rythme de croissance est en constante diminution depuis début 2010, cela finit par inquiéter. D'autant plus que cette première estimation de la croissance inférieure à ce que beaucoup attendaient s'inscrit dans un flux de nouvelles moins rassurantes.

Le colosse asiatique a-t-il des pieds d'argile ?

© Isopix

On a appris récemment que la croissance chinoise n'a atteint que 8,1 % sur un an au premier trimestre de cette année. Cela laisse sans doute rêveur en apparence, mais sachant que le rythme de croissance est en constante diminution depuis début 2010, cela finit par inquiéter. D'autant plus que cette première estimation de la croissance inférieure à ce que beaucoup attendaient s'inscrit dans un flux de nouvelles moins rassurantes.

La baisse de l'indicateur PMI mesuré en Chine au mois de mars avait déjà alerté sur le fait que le moteur économique chinois donne quelques signes de faiblesse. D'autres indicateurs le confirment : la production industrielle progresse peu et la masse monétaire qui est un indicateur avancé de l'activité, ralentit. La confiance dans le secteur de la construction, pourtant tellement important pour l'économie, est également en baisse. Les autorités elles-mêmes ont revu à la baisse leur prévision de croissance, à 7,5 % en 2012 et à 7 % les années suivantes. Les taux supérieurs à 10 % semblent donc de l'histoire ancienne et certains, comme Nouriel Roubini, n'hésitent plus à parler d'un atterrissage brutal de l'économie chinoise. Faut-il aller aussi loin ? Au-delà des intuitions de chacun, peu d'éléments objectifs permettent de soutenir un scénario de vraie récession en Chine. Il ne faut pas non plus oublier que cette économie dispose d'énormes réserves de devises qu'elle pourrait utiliser pour relancer son économie au besoin. Ce point n'est pas à négliger dans une économie pour laquelle la croissance et le développement sont élevés au rang de cause nationale.

Aubaine ou problème ?

Il n'en demeure pas moins vrai que la croissance chinoise sera ralentie en 2012. Ceci est à la fois une épine dans le pied de l'économie mondiale, et une aubaine : d'un côté, cela signifie que l'économie mondiale, et européenne en particulier, ne pourra pas compter sur une forte impulsion de l'économie chinoise pour sortir de l'ornière, comme ce fut le cas en 2009. Mais d'un autre côté, une moindre demande de matières premières de la part de la Chine devrait tempérer quelque peu la hausse des prix des matières premières, et du pétrole en particulier. Dans ces conditions, le pouvoir d'achat des ménages américains et européens pourrait en être un peu soulagé, redonnant de la vigueur à la consommation des ménages. En d'autres termes, l'effet net du ralentissement de l'économie chinoise dépendra de son ampleur : s'il est modéré (suffisant pour impacter les prix de matières premières, mais insuffisant que pour affaiblir le commerce international), la croissance mondiale pourrait paradoxalement s'en trouver meilleure.

Un cap crucial à passer

Mais le plus grand défi de l'économie chinoise relève de sa structure. Dans les modèles de croissance, le développement d'une économie peut provenir d'une augmentation du stock de capital, d'une augmentation de la population active ou de ce qu'on appelle la productivité totale des facteurs, liée aux qualifications des travailleurs et à la technologie utilisée.

Jusqu'à présent, la croissance a presque exclusivement été générée par l'augmentation du stock de capital, l'investissement atteignant 50 % du PIB. On sait néanmoins que dans les prochaines années, le modèle de croissance de l'économie chinoise devra changer : d'une croissance extensive fondée sur l'urbanisation des populations rurales et l'accroissement du stock de capital, la Chine va devoir fonder davantage sa croissance sur l'amélioration des technologies. Dans le même temps, la Chine devra faire face à une démographie désavantageuse : la population en âge de travailler atteindra son maximum en 2015, nécessitant d'autant plus un modèle de croissance plus "intensif". L'augmentation des revenus, corollaire du développement de l'économie, pourra par contre stimuler davantage la consommation des ménages pour générer de la croissance. Mais il faudrait une augmentation énorme de la consommation pour encore soutenir dans les prochaines années une croissance du PIB similaire à ce qu'elle a connu précédemment. Nombreuses sont d'ailleurs les économies qui ont raté la transition d'une économie à revenus faibles vers une économie à revenus intermédiaires voire élevés.

L'évolution de l'économie chinoise devra donc être surveillée, tant dans les prochains mois compte tenu du ralentissement conjoncturel que dans les prochaines années compte tenu des défis qui attendent cette économie. La solidité future de l'économie chinoise dépendra de sa capacité à corriger ses déséquilibres en matière d'investissement, d'exportations et bien entendu, en matière monétaire.

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