Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

17/04/14 à 10:24 - Mise à jour à 10:24

Le Bordelais a mal de tête

Le Bordelais s'est réveillé depuis quelques semaines déjà avec la gueule de bois... Mais l'abus d'alcool n'y est pour rien ! La cause de cette gueule de bois est due à un livre qui fait scandale dans la région. La journaliste française Isabelle Saporta a rédigé Vino Business, un livre enquête qui révèle les grands et petits secrets d'un secteur économique aux mains de quelques grands propriétaires !

Les révélations n'ont déjà pas plu à Hubert de Bouard, 17 ème fortune du vin en France, qui n'a pas hésité à attaquer en diffamation l'auteur de ce livre polémique. Il faut dire que le livre s'interroge sur les véritables origines du succès de l'Angélus, le vin appartenant à Hubert de Bouard, car cet Angélus est au sommet du classement ! D'ailleurs, depuis qu'il est rentré dans ce club très fermé des premiers grands crus avec des vins comme Cheval Blanc, la valeur foncière du vignoble Angélus a tout simplement doublé. Ce qui a permis à son propriétaire d'afficher une plus-value virtuelle de 200 millions d'euros selon le magazine Challenges.

Mais si ce livre est assez critique sur certaines pratiques, ce n'est pas uniquement pour la spéculation foncière liée au business du vin, mais aussi pour d'autres raisons. On y apprend par exemple que parmi les critères pour figurer en bonne place dans le classement, le goût ne compte que pour 30% dans la note des premiers grands crus ! Or, pourtant plus le vin est prestigieux, plus il est cher, et plus il est censé être bon. Or, ce n'est pas le cas ici... Par exemple, la notoriété du vin vaut 35% des points pour les premiers grands crus c'est-à-dire plus que le goût. Pourtant, malgré ces bizarreries de la notation, tout le monde dans le bordelais se bat pour obtenir la meilleure note, car une progression dans la notation permet de vendre son vin plus cher. Cela crée de la valeur pour tout le monde sauf sans doute pour les consommateurs.

Quant à l'influence de Robert Parker sur le Bordelais, elle est visiblement immense. Robert Parker, c'est un oenologue américain qui fait la pluie et le beau temps à Bordeaux depuis 25 ans : ses notes sont recherchées et redoutées, au point que les vignerons bordelais se sont arrangés, au fil du temps, pour que leur production corresponde aux exigences du palais de ce critique américain ! Bref, on assisterait à une uniformisation du goût dans la région de bordeaux à cause d'un critique américain devenu multimillionnaire grâce à ses guides Parker !

Le plus intéressant dans ce livre d'Isabelle Sapora, c'est de dévoiler des secrets de ce secteur du vin. D'autant que pour certains économistes, concevoir un grand cru, cela coûte en réalité entre 15 et 20 euros la bouteille. En clair, au-delà d'un prix de 50 euros, il est difficile de justifier une amélioration des moyens de production. Donc, en résumé, au-delà de 50 euros, ce que vous payez, c'est le marketing !

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