Camille van Vyve
Camille van Vyve
Rédactrice en chef adjointe de Trends-Tendances.
Opinion

21/03/13 à 10:43 - Mise à jour à 10:43

La valeur de l'exemple

Lancée comme un clin d'oeil il y a deux semaines sur cette même page, la métaphore a la peau dure : la "mère Europe" a effectivement frappé un grand coup dimanche, en punissant sévèrement Chypre, enfant certes dissipé de la zone euro.

Pour une fessée, c'en est une. La décision de l'Union de taxer les comptes épargne de l'île, détenus ou non par des Chypriotes, qu'il s'agisse de particuliers ou d'entreprises, a fait mal. Et les autres Etats européens ont observé la scène, abasourdis par la violence de la sentence, sentant poindre en eux la révolte mais hésitant dans le même temps à l'exprimer de façon trop véhémente, de peur de se voir infliger le même sort.

Mais quel message ont donc voulu faire passer les ministres des Finances de la zone euro ? On peut difficilement croire, venant d'un pareil organe de décision, à un acte impulsif, irréfléchi. Car en lançant initialement l'idée d'une taxation pour tous - y compris les comptes où dorment moins de 100.000 euros - l'Europe montrait à tous que sa bienveillance n'est pas à toute épreuve. Ah, vous pensiez vos petits épargnants à l'abri grâce à la garantie de 100.000 euros sur les dépôts bancaires ? Sachez à présent que cette garantie peut être levée à tout instant, si vous n'en faites qu'à votre tête. Et même si dans la soirée de lundi, un communiqué de l'Eurogroupe réaffirmait "l'importance de garantir totalement les dépôts en-deçà du seuil de 100.000 euros", soutenant dès lors la contre-proposition de ne taxer - mais plus lourdement - que les dépôts supérieurs à cette limite, la leçon avait déjà été donnée (et reçue).

Que l'exemple soit bon ou mauvais, il a toujours - et c'est sans doute sa vocation première - un poids certain. Les remords, justifiés ou non, n'y changeront rien. Bien sûr, il appartient aux victimes d'une injustice de s'indigner ; les petits épargnants chypriotes ont eu raison de le faire, d'autant qu'ils ont obtenu gain de cause. Mais plutôt que de débattre a posteriori de la pertinence de la décision (lire à ce sujet notre dossier de cette semaine), réfléchissons à la valeur de l'exemple que l'Europe a voulu montrer. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Donc : l'Union fait la force, oui. Pour autant que l'on se conforme aux règles du groupe, que l'on ne cherche pas à servir ses intérêts au détriment de ceux dudit groupe, et que l'on participe à l'effort collectif lorsqu'il est nécessaire. Celui qui ne respecte pas ces conditions n'est pas à l'abri d'une sanction - c'est le prix à payer pour continuer à bénéficier d'une (généreuse) protection.

C'est vrai, l'Europe a peut-être, par le passé, fait preuve de laxisme dans son éducation. La Grèce, pourtant ralliée relativement tôt à la cause européenne et à l'euro, et Chypre ont certainement profité de cet excès de confiance. Le retour de manivelle est cinglant ; les conséquences sociales, douloureuses. Le gouvernement chypriote, pris en étau entre une Europe cabrée et un peuple insurgé, n'a pas d'autre choix que de l'apprendre, la leçon. Les autres n'attendront pas d'être en aussi mauvaise posture. Grand bien leur fasse.

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