Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

13/08/12 à 08:14 - Mise à jour à 08:14

La Suisse : son chocolat, son horlogerie et la fraude fiscale

L'été est chaud, très chaud quand on est employé de banque en Suisse. La raison ne tient pas au thermomètre mais à la peur. En effet, plusieurs banques du pays ont été accusées par les Etats-Unis de favoriser la fraude fiscale, en acceptant des fonds non déclarés de clients américains.

A priori, l'affaire n'a hélas plus rien d'exceptionnel vu tous les scandales financiers auxquels nous sommes habitués depuis quelques années maintenant. Mais ici l'affaire est différente, puisque ces banques suisses, pour tenter de régler cette affaire, ont tout bonnement transmis des milliers de noms. Mais pas n'importe quels noms, puisqu'il s'agit de ceux de leurs employés, du moins des employés qui ont eu des contacts avec des clients américains.

Il semblerait qu'environ 10.000 de ces coordonnées aient été données à la justice américaine. Bien entendu, ces employés ou anciens employés de banque craignent aujourd'hui de faire l'objet de poursuites judiciaires aux Etats-Unis pour complicité de fraude fiscale. La plupart n'osent d'ailleurs même plus voyager hors de leur pays de peur de se voir extradés.

Interviewé par la presse suisse, le patron américain de la banque Crédit Suisse ne semble pas gêné par cette "délation" de ses propres employés. A la question de savoir si les employés dont le nom a été transmis à la justice américaine, n'ont pas le droit de se sentir trahis par leur employeur, le patron de Crédit Suisse donne une réponse à la Ponce Pilate, en affirmant : "Ils peuvent ne pas être d'accord avec notre point de vue, mais je pense que c'est mieux pour eux. Un employé qui a suivi les règles ne devrait pas s'inquiéter" fin de citation.

Oui, sauf que parmi les employés visés, il y a aussi bien des banquiers généralistes, des juristes que des simples secrétaires. Ces employés-là ne comprennent pas qu'on leur cherche des poux, d'autant que certains ont le sentiment d'avoir juste suivi la politique ou l'esprit maison. Puis, généralement, il y a un distinguo entre la direction et les employés. Or dans le cas présent, ce distinguo n'a pas lieu. Des dizaines de simples employés bancaires ont donc pris un avocat pour se défendre en quelque sorte contre leur propre banque en l'accusant notamment de violation du secret bancaire. En revanche, ces employés qui se sentent - à tort ou à raison - trahis par leurs dirigeants ne doivent se faire aucune illusion. Ils n'ont aucune compassion à attendre de leurs compatriotes. En effet, si la banque figurait comme l'horlogerie et le chocolat parmi les fiertés des Suisses, ce n'est plus le cas du secteur bancaire. A la limite, chaque mauvaise nouvelle pour le secteur bancaire est accueillie avec presque de la joie en Suisse. Voilà comment en cinq ans, on détruit une image construite sur des décennies.

Nos partenaires